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Guide·20 min de lectureGuitare

Maîtriser les accords barrés à la guitare

Un accord barré consiste à coucher l'index à plat sur plusieurs cordes d'une même case : il agit comme un capodastre mobile et transforme un accord ouvert en accord transposable le long du manche. Deux formes matrices suffisent pour l'essentiel, celle de Mi (fondamentale sur la 6e corde) et celle de La (fondamentale sur la 5e corde), complétées par un demi-barré de deux ou trois cordes pour les formes secondaires de Do et de Ré. C'est dur au début parce que l'index doit presser plusieurs cordes d'un coup avec un muscle logé dans l'avant-bras qui manque encore de force, et parce que la première case, tout près du sillet, cumule l'espacement le plus large entre les cases et la résistance de cordes la plus forte de tout le manche. La bonne technique (index sur la tranche, pince pouce-index, poignet avancé) et une progression du haut du manche vers le sillet règlent le problème en un à quatre mois de pratique régulière.
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Ce qu'est un accord barré, techniquement et dans les mots

Un accord barré, c'est un accord où l'index se couche à plat sur plusieurs cordes, parfois les six, sur une même case. L'index joue alors le rôle d'un capodastre mobile : il remplace le sillet et abaisse d'un coup toutes les cordes qu'il couvre, sans qu'aucun doigt n'ait besoin de toucher une corde à vide. Un accord ouvert, qui s'appuyait sur des cordes libres pour compléter le son, devient ainsi un accord entièrement mobile, que l'on peut faire glisser n'importe où sur le manche sans changer la disposition des doigts.

Ce déplacement suit une règle mécanique simple, la même que pour un capodastre posé plus haut : chaque case gagnée monte l'accord d'un demi-ton. La forme de Mi majeur, une fois barrée, donne Fa à la première case, Fa dièse à la deuxième, Sol à la troisième, et ainsi de suite jusqu'à revenir à Mi une octave plus haut, à la douzième case. Une seule forme apprise devient donc, mécaniquement, les douze accords majeurs possibles, selon l'endroit exact où on la pose.

Le mot lui-même raconte le geste. En français, « barré » n'est que le participe passé du verbe barrer : l'index barre littéralement les cordes d'un trait horizontal, comme on barre une route. Cette image a traversé la Manche presque telle quelle : le terme entre dans le vocabulaire musical anglais dès 1876, sous sa graphie française « barré », pour désigner précisément cette technique consistant à presser l'index en travers de toutes les cordes afin d'en hausser la hauteur. Le mot anglais bar chord, aujourd'hui plus courant que barre chord outre-Atlantique, dérive directement de cette même racine française.

Sur une partition ou une tablature savante, la position d'un barré se note souvent par un chiffre romain qui indique la case, précédé d'une lettre : B pour un barré complet sur toutes les cordes, C pour un demi-barré qui n'en couvre que quelques-unes. C'est une convention différente de la grille d'accords en lettres que ce guide détaille par ailleurs, pensée pour la musique classique et le répertoire écrit note à note plutôt que pour l'accompagnement à l'oreille, mais elle répond à la même question : où la main doit-elle se placer sur le manche pour que l'accord sonne juste.

Les deux formes matrices : Mi et La

Deux formes matrices ouvrent la porte à presque tout le répertoire. Dans la forme de Mi, la fondamentale, la note qui donne son nom à l'accord, se trouve sur la corde de Mi grave, la 6e, exactement à la case que l'index barre. En remontant cette corde, la logique déjà posée plus haut continue de s'appliquer : première case Fa, troisième case Sol, cinquième case La, septième case Si, douzième case le Mi à l'octave. Repérer la fondamentale sur la 6e corde suffit donc, à lui seul, à nommer n'importe quel accord joué dans cette forme, sans avoir à mémoriser douze doigtés différents.

La forme de La est la seconde matrice, et elle répond à une contrainte pratique : jouer un même accord sans grand saut de main. Sa fondamentale se trouve cette fois sur la corde de La, la 5e, à la case barrée. Parce que les deux formes ne placent pas leur fondamentale sur la même corde, elles permettent de jouer le même accord à deux endroits différents et rapprochés du manche, ce qui évite de courir d'un bout à l'autre du manche en pleine chanson. Au total, quatre formes seulement, Mi majeur, Mi mineur, La majeur et La mineur, suffisent en théorie à couvrir tous les accords majeurs et mineurs dans les douze tonalités une fois transformées en barrés. En levant l'auriculaire ou en ajoutant un doigt sur la même base barrée, chaque matrice donne aussi accès au septième de dominante et au mineur septième, sans changer de position de départ.

Repères sur le manche : la forme de Mi et la forme de La selon la case
Case sur le mancheForme de Mi (accord majeur obtenu)Forme de La (accord majeur obtenu)
1re caseFaSi♭
3e case (repère à point)SolDo
5e case (repère à point)La
7e case (repère à point)SiMi
9e case (repère à point)Do♯Fa♯
12e case (repère double point, octave)MiLa

Ce tableau s'appuie sur un repère que la plupart des guitares affichent physiquement : les petits points d'incrustation sur la touche, presque toujours placés aux cases 3, 5, 7 et 9, avec un double point à la douzième case qui marque l'octave. Ce n'est pas un hasard si ces mêmes cases reviennent le plus souvent dans les exercices de barré : elles servent de repère visuel immédiat, sans avoir à compter les cases une par une à chaque déplacement.

Le demi-barré et les formes secondaires : Do et Ré mobiles

Le barré complet, sur six cordes, n'est pas la seule version de la technique. Le demi-barré, parfois appelé petit barré, ne couvre que deux ou trois cordes avec les deux dernières phalanges de l'index, plutôt que le doigt entier posé à plat sur l'ensemble du manche. C'est la version que note la lettre C dans la convention B/C évoquée plus haut, par opposition au B du barré complet. Le geste reste le même dans son principe, presser une tranche de doigt en travers de plusieurs cordes, mais sur une surface bien plus réduite.

Cette réduction change beaucoup la difficulté ressentie : moins il y a de cordes à couvrir, moins il faut de force pour qu'elles sonnent toutes, et un demi-barré de seulement deux cordes est souvent le tout premier barré qu'un débutant réussit proprement. Le demi-barré ouvre aussi la porte à deux formes matrices secondaires, construites cette fois sur les accords ouverts de Do et de Ré : comme un accord barré n'utilise plus aucune corde à vide, ces formes aussi deviennent mobiles le long du manche, à condition de ne barrer que les cordes qui en ont réellement besoin. Elles complètent utilement les formes de Mi et de La, surtout dans l'aigu du manche où la forme de Do en particulier reste jouable sans trop d'acrobaties de main.

Une erreur fréquente consiste à garder l'index parfaitement droit et rigide pour un demi-barré, en copiant machinalement le geste du barré complet. Le résultat déséquilibre la main et limite les autres doigts, qui ont besoin de rester libres de bouger pour compléter l'accord. Un demi-barré se joue mieux avec un léger angle naturel des deux dernières phalanges, presque comme si le doigt se repliait légèrement sur lui-même plutôt que de rester tendu comme une planche.

L'anatomie du geste : pourquoi la main résiste au début

Le barré résiste parce qu'il mobilise un muscle que la vie de tous les jours sollicite rarement de cette façon précise. Le muscle principalement responsable de la flexion de l'index, le fléchisseur profond des doigts, ou flexor digitorum profundus, n'est même pas logé dans la main : c'est un muscle de l'avant-bras, qui prend naissance près du cubitus, l'un des deux os de l'avant-bras. Son tendon traverse ensuite le poignet par le canal carpien avant de rejoindre la dernière phalange du doigt, tout au bout. Concrètement, la force qui plaque l'index sur les cordes vient donc autant de l'avant-bras que du doigt lui-même, ce qui explique pourquoi un débutant sent souvent une fatigue qui remonte bien au-delà de la seule pulpe du doigt.

Une étude de biomécanique appliquée au jeu de guitare a mesuré la force que ce même tendon doit produire, en interne, pour plaquer proprement de simples accords ouverts : environ 27 newtons pour un Do majeur, autour de 30 pour un Mi majeur, près de 33 pour un La mineur, et jusqu'à 41 newtons pour un Sol de septième de dominante, l'accord le plus exigeant du lot testé. Ces chiffres concernent des accords ouverts, où l'effort se répartit entre deux ou trois doigts distincts. Un barré complet demande au même tendon de fournir, à travers un seul doigt, une pression comparable ou supérieure sur six cordes à la fois, ce qui donne une idée concrète de l'écart d'effort entre les tout premiers accords qu'on apprend et le premier vrai barré.

C'est une bonne nouvelle autant qu'une explication : un tendon et un muscle, ça s'entraîne, exactement comme n'importe quel autre muscle du corps. La force nécessaire ne s'acquiert pas en une séance, mais elle progresse de façon fiable avec un entraînement régulier et modéré, jamais avec une seule session prolongée qui force sur une articulation encore fragile. C'est cette réalité physiologique, plus qu'un simple manque de talent, qui explique pourquoi presque tous les guitaristes traversent la même phase de découragement avant que le barré ne sonne net.

La physique du manche : pourquoi le Fa est l'accord barré le plus dur

La position sur le manche change énormément la difficulté ressentie, pour une raison purement géométrique. Les cases d'une guitare ne sont pas espacées régulièrement : chaque case raccourcit la longueur de corde restante d'un rapport constant, un principe formalisé dès le XVIe siècle par le luthiste et théoricien italien Vincenzo Galilei, le propre père de l'astronome Galilée, sous la forme d'une « règle de dix-huit » consistant à diviser la longueur de corde restante par dix-huit pour trouver la case suivante. Les luthiers modernes ont depuis affiné cette constante à 17,817, un chiffre qui découle directement de la racine douzième de deux, celle-là même qui définit le demi-ton en tempérament égal. Le résultat pratique reste inchangé depuis quatre siècles : l'écart entre deux cases voisines est le plus large tout près du sillet, et se resserre progressivement à mesure qu'on remonte vers le corps de l'instrument. Un barré posé à la première case demande donc à la main de couvrir le plus grand espacement possible sur tout le manche, avant même de parler de force.

À cette contrainte s'ajoute la question de la tension perçue. Les cordes sont ancrées au sillet, et cette proximité les rend plus difficiles à enfoncer jusqu'à la frette dans les toutes premières cases, là où la sensation de résistance sous le doigt est la plus forte. C'est cette combinaison, écart entre cases maximal et résistance des cordes maximale au même endroit, qui vaut au Fa majeur, la forme de Mi barrée à la première case, sa réputation méritée d'accord barré le plus difficile du répertoire de base : il cumule les deux contraintes qui, prises séparément, rendraient déjà chacune le geste plus dur.

Ce même mécanisme explique, en creux, pourquoi un capodastre posé plus haut sur le manche rend tout de suite les formes ouvertes plus faciles à jouer : les cases y sont plus resserrées, la corde s'y enfonce avec moins de résistance perçue, donc l'accord demande moins de force pour sonner net. Commencer l'entraînement au barré vers la cinquième ou la septième case, plutôt que d'attaquer le Fa en premier, ce n'est donc pas une facilité artificielle : c'est simplement choisir l'endroit du manche où la géométrie elle-même travaille pour la main plutôt que contre elle.

La technique correcte, geste par geste

Le premier réflexe qui change tout concerne l'index. Il ne faut pas appuyer avec la pulpe, la partie charnue du doigt, mais pivoter légèrement l'index vers l'extérieur pour presser sur sa tranche, le côté plus dur et moins charnu, plus proche de l'os. Le doigt reste droit et rigide pour un barré complet, et se place juste derrière la frette : ni sur la frette, ce qui étouffe le son, ni trop en arrière, ce qui fait grésiller les cordes.

Le reste du corps fournit la force que le doigt seul ne peut pas produire. Le pouce se pose au milieu du dos du manche, sensiblement en face de l'index, pour former avec lui une pince qui enserre le manche plutôt qu'un doigt qui pousse seul. Le poignet doit être avancé, légèrement cassé vers l'avant en passant sous le manche : un poignet ramené trop en arrière rend le barré presque impossible, quelle que soit la force de l'index. Le coude, enfin, reste rentré près du corps pour donner le levier nécessaire ; placer le pouce un peu plus proche de la caisse de la guitare que l'index permet même une légère torsion du poignet qui aide à plaquer l'index bien à plat.

Dans la forme de La, un détail change : l'index ne barre pas la corde de Mi grave, il se place juste en dessous, en la touchant du bout, pour l'étouffer et l'empêcher de sonner, puisque cette corde ne fait pas partie de l'accord. Un dernier détail, plus rare mais réel dans le répertoire classique : certains guitaristes remplacent occasionnellement l'index par le majeur pour un barré, notamment quand l'index est déjà occupé ailleurs sur l'accord. Ce n'est pas la norme, mais cela confirme que la technique repose avant tout sur un principe mécanique, presser une tranche de doigt en travers des cordes, et non sur un doigt précis imposé sans exception.

Guitare classique, électrique ou acoustique : ce que change la tension des cordes

L'instrument sur lequel tu apprends influence beaucoup la difficulté ressentie, avant même la technique. Les cordes en nylon d'une guitare classique portent, à hauteur comparable, environ moitié moins de tension que les cordes en acier d'une guitare folk ou électrique. C'est une différence de tension, pas de diamètre apparent : pour atteindre une tension plus basse tout en gardant la bonne masse par unité de longueur, une corde nylon a besoin d'une section transversale environ sept fois plus grande qu'une corde acier. Une corde classique paraît donc plus épaisse à l'œil, mais elle s'enfonce en réalité avec moins de résistance sous le doigt qu'une corde acier de diamètre apparent bien plus fin.

La largeur du manche va, elle, dans le sens inverse. Une guitare classique a un sillet large d'environ 52 millimètres, une norme restée quasiment inchangée depuis plus d'un siècle et demi, avec parfois 50 ou 51 millimètres sur des modèles pensés pour de petites mains. Une guitare folk à cordes acier se resserre autour de 43 ou 44 millimètres, et une guitare électrique descend encore, autour de 41 ou 42 millimètres. Cet écart existe parce que les cordes nylon vibrent avec une amplitude plus large et ont besoin de plus d'espace entre elles pour ne pas se frapper les unes les autres en sonnant.

Le résultat net dépend donc de deux forces opposées. L'électrique cumule la tension la plus basse et le manche le plus étroit, ce qui en fait souvent l'instrument le plus accessible pour apprendre le geste du barré ; la guitare folk se situe entre les deux. La classique, avec une tension plus faible que l'acier mais un manche nettement plus large, demande une adaptation différente plutôt que simplement plus difficile ou plus facile : c'est d'ailleurs sur cet instrument précis, et sur ce même compromis entre tension et largeur, que la technique du barré a été formalisée et enseignée pour la première fois, comme le rappelle l'histoire de la technique.

Une brève histoire de la technique et de son vocabulaire

La première mise par écrit sérieuse du barré remonte à la guitare classique du début du XIXe siècle. Le guitariste et compositeur espagnol Fernando Sor, surnommé de son vivant le « Beethoven de la guitare » pour son rôle dans l'essor de l'instrument comme instrument soliste à part entière, publie à Paris en 1830 sa Méthode pour la guitare, l'un des traités de technique guitaristique les plus influents jamais écrits. Sor y conseille d'utiliser le barré et les déplacements de main avec parcimonie, en raison de l'effort supplémentaire qu'ils demandent, tout en reconnaissant qu'ils restent souvent la meilleure, voire la seule solution possible pour certains enchaînements d'accords. Deux siècles plus tard, c'est très exactement la même tension que ressent un débutant face à son premier Fa majeur.

Le cadre le plus utilisé aujourd'hui pour organiser les formes barrées le long du manche porte le nom de système CAGED, un acronyme construit sur cinq formes d'accords ouverts, Do, La, Sol, Mi et Ré (C, A, G, E, D en anglais). Sa première trace publiée connue date de mai 1975, dans un article du magazine américain Guitar Player consacré à la Blue Bear School of Music de San Francisco : Keith Allen, alors responsable de l'enseignement de la guitare dans cette école et âgé d'à peine vingt ans, y expose la logique des cinq formes ouvertes qui s'enchaînent tout au long du manche. Le système, popularisé ensuite par une affiche pédagogique publiée en 1980, est devenu depuis l'un des cadres les plus enseignés pour déplacer un accord ou une gamme le long du manche, exactement le principe que ce guide détaille avec les formes de Mi et de La.

Le vocabulaire lui-même a voyagé. Le terme anglais bar chord ou barre chord entre dans la langue dès 1876, emprunté tel quel au français « barré ». L'outil qui imite mécaniquement le même principe, le capodastre, porte des noms venus d'ailleurs : cejilla en espagnol, capotasto en italien, ce dernier ayant lui-même donné le mot français par déformation. Que ce soit un doigt ou un objet, l'idée reste identique depuis des siècles sur tout instrument à cordes et à frettes : un point unique, posé en travers du manche, qui remplace le sillet et fait remonter la hauteur de toutes les cordes qu'il touche.

Progresser sans se décourager : le plan d'entraînement

La meilleure stratégie, comme le suggère la physique du manche vue plus haut, est de ne surtout pas attaquer le Fa en premier. Commence les barrés haut sur le manche, vers la cinquième ou la septième case, là où l'espacement entre les cases est plus resserré et la résistance des cordes moindre, puis redescends peu à peu vers le sillet à mesure que la main se muscle. Quelques exercices préparent bien le terrain : joue d'abord la forme d'accord sans l'index, avec les autres doigts seuls, puis des power-chords à deux ou trois notes qui ne demandent qu'un demi-barré, avant d'ajouter enfin le barré complet de l'index sur les six cordes.

Le capodastre reste l'alternative recommandée le temps de progresser, et pas seulement comme un pis-aller : il repose exactement sur le même principe mécanique que la pince pouce-index d'un barré, un point unique qui remplace le sillet. Pose un capo et joue tes formes d'accords ouvertes pour muscler la main et le tendon de l'avant-bras sans forcer, avant d'attaquer les vrais barrés.

Compte en moyenne entre un et quatre mois pour les maîtriser, selon la régularité de la pratique quotidienne : mieux vaut dix minutes chaque jour qu'une heure une fois par semaine, puisque c'est un muscle et un tendon qui doivent s'adapter, pas seulement un geste à mémoriser. La patience paie : une fois le barré acquis, chaque forme apprise une seule fois devient douze accords disponibles instantanément, et tout le manche s'ouvre d'un coup, dans toutes les tonalités.

Pièges classiques à éviter

PiègeAppuyer avec la pulpe de l'index plutôt qu'avec sa tranche.

Pourquoi — La pulpe est la partie la plus charnue et la plus molle du doigt : elle s'écrase sous la pression sans transmettre toute la force vers les cordes, et le moindre relâchement étouffe une ou plusieurs cordes du barré.

La bonne pratique : Pivote légèrement l'index vers l'extérieur pour presser sur sa tranche, le côté plus dur et plus proche de l'os, et garde le doigt droit et rigide juste derrière la frette.

PiègeAttaquer le Fa majeur, à la première case, comme tout premier accord barré.

Pourquoi — C'est justement l'endroit du manche où les deux contraintes qui rendent le barré difficile, l'espacement maximal entre les cases et la résistance maximale des cordes près du sillet, se cumulent : la main débutante n'a alors aucune chance de réussir proprement.

La bonne pratique : Commence les barrés vers la cinquième ou la septième case, où la géométrie du manche demande beaucoup moins de force, puis redescends progressivement vers le sillet à mesure que la main se muscle.

PiègeGarder le poignet cassé vers l'arrière au lieu de l'avancer sous le manche.

Pourquoi — Un poignet reculé empêche le pouce et l'index de former une vraie pince autour du manche : toute la force retombe alors sur le seul doigt, qui ne peut pas la fournir seul, quelle que soit sa musculature.

La bonne pratique : Avance le poignet, légèrement cassé vers l'avant en passant sous le manche, et place le pouce au milieu du dos du manche, sensiblement en face de l'index, pour que la pince fasse le travail à la place du doigt seul.

PiègePlaquer systématiquement un barré complet à six cordes là où un demi-barré de deux ou trois cordes suffirait.

Pourquoi — Un barré complet demande nettement plus de force qu'un demi-barré, pour un résultat sonore souvent identique si les cordes en trop ne font de toute façon pas partie de l'accord recherché : la main se fatigue pour rien.

La bonne pratique : Repère les cordes réellement utiles à l'accord et limite le barré aux deux ou trois cordes concernées avec les dernières phalanges de l'index, en gardant les autres doigts libres pour compléter l'accord.

PiègeVouloir forcer plusieurs accords barrés d'affilée dès les premières séances, malgré la fatigue ou une gêne dans la main.

Pourquoi — Le geste sollicite un muscle et un tendon de l'avant-bras qui ont besoin d'un vrai temps d'adaptation physique, pas seulement d'une répétition mentale du geste : les forcer trop tôt ralentit la progression au lieu de l'accélérer et peut provoquer une véritable gêne durable.

La bonne pratique : Pratique par courtes séances quotidiennes plutôt que par longues sessions occasionnelles, arrête-toi dès qu'une gêne apparaît, et compte en moyenne un à quatre mois pour que la force s'installe durablement.

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Questions fréquentes

Pourquoi mes accords barrés sonnent-ils étouffés ?

Le plus souvent parce que l'index manque encore de force et appuie avec sa pulpe plutôt qu'avec sa tranche. Le fléchisseur profond des doigts, le muscle qui plaque l'index, prend naissance dans l'avant-bras : la force vient donc autant de là que du doigt lui-même, et elle s'entraîne comme n'importe quel muscle. Pivote l'index vers l'extérieur, garde-le droit juste derrière la frette, et forme une pince avec le pouce au dos du manche.

Quel est l'accord barré le plus difficile, et pourquoi ?

Le Fa majeur, la forme de Mi posée à la première case. Deux contraintes s'y cumulent : les cases y sont les plus espacées de tout le manche, une conséquence directe de la géométrie des frettes, et les cordes y opposent la résistance la plus forte, tout près du sillet. Mieux vaut commencer les barrés plus haut sur le manche, vers la cinquième ou la septième case, avant d'y revenir.

Combien de formes de barré faut-il apprendre ?

Quatre formes matrices suffisent pour l'essentiel : Mi majeur, Mi mineur, La majeur et La mineur. Transformées en barrés et déplacées le long du manche, elles couvrent tous les accords majeurs et mineurs dans les douze tonalités. En levant ou en ajoutant un doigt, chacune donne aussi le septième et le mineur septième, sans changer de position de départ.

Qu'est-ce qu'un demi-barré, et quand l'utiliser ?

Un demi-barré ne couvre que deux ou trois cordes avec les deux dernières phalanges de l'index, au lieu des six cordes d'un barré complet. Il demande moins de force, sert de première étape naturelle pour un débutant, et ouvre aussi des formes secondaires construites sur les accords de Do et de Ré. Sur une partition savante, il se note par la lettre C, contre B pour un barré complet.

Le capodastre peut-il remplacer les accords barrés ?

Il dépanne le temps de progresser, et il aide même activement à progresser : le capo repose sur le même principe mécanique que la pince pouce-index du barré, un point unique qui remplace le sillet. Il te laisse jouer des formes ouvertes faciles pour muscler la main et le tendon de l'avant-bras sans forcer, avant d'attaquer les vrais barrés.

Combien de temps faut-il pour maîtriser les accords barrés ?

En moyenne entre un et quatre mois de pratique régulière, le temps que le muscle et le tendon qui plaquent l'index se renforcent réellement. Des séances courtes et quotidiennes progressent plus vite qu'une longue session hebdomadaire, parce que c'est un vrai entraînement physique autant qu'un apprentissage technique. La patience paie : une seule forme apprise devient ensuite douze accords disponibles instantanément.