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Guide·21 min de lectureGuitare

L'accordage standard de la guitare : pourquoi Mi-La-Ré-Sol-Si-Mi

L'accordage standard de la guitare place six notes sur les six cordes, de la plus grave à la plus aiguë : Mi, La, Ré, Sol, Si, Mi (E-A-D-G-B-E), calées sur les fréquences exactes de 82,41 Hz à 329,63 Hz quand le La de référence vaut 440 Hz. Entre chaque paire de cordes voisines, l'intervalle est une quarte juste, sauf entre le Sol et le Si où c'est une tierce majeure, un héritage du luth et de la vihuela de la Renaissance qui décale légèrement certains doigtés. Physiquement, la hauteur de chaque corde dépend de trois grandeurs seulement, sa tension, sa longueur vibrante et sa masse linéique, une relation démontrée dès 1636 par le mathématicien français Marin Mersenne. Pour accorder l'instrument, un accordeur électronique ou une application restent les options les plus fiables, mais la méthode à l'oreille (5e case, ou harmoniques à la 5e et à la 7e case) reste utile à connaître. Les cordes neuves se désaccordent le temps de se roder, de une heure pour l'acier à deux jours pour le nylon, et même une guitare bien installée se désaccorde ensuite avec la température, l'humidité et l'usure des cordes. Une fois ce standard maîtrisé, des accordages alternatifs comme le drop D ou les accordages ouverts en explorent des variantes.
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Les six cordes, de la plus grave à la plus aiguë

L'accordage standard place six notes sur les six cordes de la guitare, de la corde la plus grave, la plus épaisse, numérotée 6, à la plus aiguë, la plus fine, numérotée 1 : Mi, La, Ré, Sol, Si, Mi, soit E-A-D-G-B-E dans la notation anglo-saxonne utilisée sur la plupart des applications et des accordeurs. Les deux Mi ne sonnent pas à la même hauteur : le premier, sur la corde la plus grosse, est le Mi le plus grave de tout l'instrument ; le second, sur la corde la plus fine, sonne exactement deux octaves plus haut, soit quatre fois sa fréquence. Entre eux se glissent quatre cordes intermédiaires, La, Ré, Sol et Si, qui complètent l'accordage et donnent à l'instrument sa tessiture complète, un peu plus de trois octaves et demie à vide sur un manche standard de vingt cases.

Retenir cet ordre demande un peu de répétition, et il n'existe pas de phrase mnémotechnique française qui fasse vraiment consensus. En anglais, où les mêmes six notes s'écrivent E-A-D-G-B-E, une phrase mnémotechnique classique circule largement dans l'enseignement de la guitare, une lettre par corde de la plus grave à la plus aiguë. Faute d'équivalent français fiable, le plus efficace reste de chanter les six notes dans l'ordre, à voix haute, jusqu'à ce qu'elles deviennent un réflexe aussi automatique que compter jusqu'à six.

La quarte juste, l'intervalle qui structure le manche

Un intervalle mesure l'écart entre deux notes en demi-tons, le plus petit écart utilisé par le système occidental à douze notes. Entre Mi et La, entre La et Ré, entre Ré et Sol, puis entre Si et le Mi aigu, cet écart vaut cinq demi-tons : c'est une quarte juste, le même intervalle répété quatre fois sur les cinq paires de cordes voisines. Cette régularité n'est pas un hasard de facture instrumentale : elle permet à un même schéma de doigts, pour une gamme ou un accord, de se retrouver presque à l'identique en passant d'une corde à l'autre, avec un simple décalage horizontal le long du manche plutôt qu'une reconstruction complète du doigté.

C'est cette même régularité qui sert de repère pour accorder l'instrument sans accordeur. Sur une corde donnée, la note jouée à la 5e case correspond exactement à la corde suivante jouée à vide, puisque cinq cases valent cinq demi-tons, donc une quarte juste. Ce repère, détaillé plus loin dans la méthode d'accordage à l'oreille, fonctionne pour quatre des cinq paires de cordes voisines ; il faudra un chiffre différent pour la cinquième, l'exception qui fait l'objet de la section suivante.

Le choix d'un accordage presque entièrement en quartes n'a rien d'universel parmi les instruments à cordes : le violon, l'alto et le violoncelle s'accordent en quintes, un intervalle plus large de deux demi-tons, ce qui maximise l'étendue de notes atteignables sans déplacer la main mais impose un plus grand écartement des doigts sur chaque corde. Sur un manche de guitare, plus large que celui d'un violon et pourvu de six cordes plutôt que quatre, la quarte juste reste l'intervalle qui équilibre le mieux l'étendue des notes accessibles et le confort de la main gauche.

L'exception entre Sol et Si : une tierce majeure, et pourquoi elle existe

Entre la 3e corde (Sol) et la 2e corde (Si), la règle des quartes justes s'arrête net : l'écart n'est que de quatre demi-tons, une tierce majeure, un demi-ton plus étroit que partout ailleurs sur le manche. C'est la seule irrégularité de tout l'accordage standard, et elle casse la symétrie parfaite que la quarte juste installe entre les quatre autres paires de cordes.

Cette exception a des conséquences très concrètes pour les mains. Un schéma de gamme ou une forme d'accord qui se répète à l'identique d'une corde à l'autre doit se décaler d'une case supplémentaire, vers l'aigu, au moment précis où il traverse la paire Sol-Si. C'est ce détail d'accordage, et lui seul, qui explique pourquoi les accords barrés en forme de Mi ne suivent pas un patron parfaitement régulier sur les six cordes : le guide sur les accords barrés du Music Hub détaille la mécanique de ces formes sans revenir sur cette cause, qui se trouve entièrement dans l'accordage lui-même, pas dans la forme de la main.

Pourquoi les luthiers n'ont-ils pas simplement gardé une quarte juste partout, pour une régularité totale ? La réponse tient en un compromis ergonomique hérité des instruments à cordes pincées de la Renaissance, détaillé dans la section suivante : un accordage entièrement en quartes justes sur six cordes imposerait un écartement de main plus large pour certains accords ouverts très courants, alors qu'un léger resserrement, à cet endroit précis du manche, rend au contraire plusieurs positions de main gauche plus confortables.

Pourquoi cet accordage a été choisi : la vihuela et le luth de la Renaissance

L'origine de cette structure remonte bien avant la guitare moderne, à la vihuela et au luth de la Renaissance, deux instruments à cordes pincées qui dominaient la musique savante espagnole et européenne aux XVe et XVIe siècles. Ces deux instruments partageaient déjà un principe d'accordage presque identique : une suite de quartes justes entre les cordes voisines, interrompue par une seule tierce majeure au milieu de la série. Ce n'est donc pas la guitare qui a inventé l'exception Sol-Si : elle l'a héritée d'une convention bien plus ancienne, commune à toute une famille d'instruments à cordes pincées.

La guitare à cinq chœurs, cinq paires de cordes, qui circulait en Italie et en Espagne à partir du XVIe siècle a repris cette logique presque telle quelle, accordée La-Ré-Sol-Si-Mi, exactement les cinq cordes aiguës de la guitare moderne d'aujourd'hui. Quand l'instrument à six cordes simples s'est progressivement imposé au cours du XVIIIe siècle, remplaçant les chœurs doublés par des cordes uniques, il a semblé plus logique d'ajouter un Mi grave supplémentaire pour prolonger vers le bas la même logique de quartes, plutôt que d'inventer un accordage entièrement différent pour une seule corde de plus.

Cette continuité historique n'a rien d'un dogme immuable : elle répond, encore aujourd'hui, à un compromis ergonomique réel plutôt qu'à une pure habitude. Un accordage entièrement bâti en quartes justes, sans aucune tierce, élargirait légèrement l'étendue de notes accessibles sans déplacer la main, un peu comme le violon accordé en quintes mais resserré pour rester jouable sur un manche de guitare plus large. Dans le même temps, les cordes à vide Mi-La-Ré-Sol-Si-Mi offrent des triades faciles à trouver dans les toutes premières cases, ce qui a rendu les accords ouverts naturels et confortables dès les débuts de l'instrument moderne, et explique pourquoi cette convention, transmise du luth à la vihuela puis à la guitare, n'a jamais vraiment été remise en cause depuis.

La physique de la corde : tension, longueur et masse linéique

Ce que l'oreille perçoit comme la hauteur d'une corde pincée, plus grave ou plus aiguë, dépend entièrement de trois grandeurs physiques que le luthier et le guitariste manipulent, consciemment ou non, à chaque réglage de l'instrument : la tension appliquée à la corde, sa longueur vibrante, c'est-à-dire la portion qui peut réellement osciller entre le sillet et le chevalet, et sa masse linéique, la masse de matière par unité de longueur, qui dépend du diamètre de la corde et du matériau dont elle est faite.

Ces trois grandeurs et leur effet sur la hauteur perçue ont été formalisées au XVIIe siècle par le mathématicien, théoricien de la musique et théologien français Marin Mersenne (1588-1648), dans son traité encyclopédique Harmonie universelle, publié en 1636 et 1637. Mersenne y démontre expérimentalement, à la mesure et non plus seulement par le raisonnement, trois relations que même Galilée, qui les avait pressenties par la théorie, jugeait impossibles à vérifier concrètement faute d'instruments de mesure suffisamment précis à son époque. Cette prouesse expérimentale vaut aujourd'hui à ces trois relations le nom de lois de Mersenne, un pont entre la tradition pythagoricienne, qui reliait déjà musique et rapports de nombres entiers, et l'acoustique expérimentale moderne.

Les lois de Mersenne s'énoncent simplement, sans qu'il soit nécessaire de manier la formule pour les comprendre : la fréquence d'une corde augmente avec la racine carrée de sa tension, une corde deux fois plus tendue ne sonne pas deux fois plus aigu mais environ 1,4 fois plus aigu ; elle diminue à mesure que la longueur vibrante augmente, dans un rapport direct et inverse, une corde deux fois plus longue sonne exactement une octave plus grave à tension égale ; et elle diminue avec la racine carrée de la masse linéique, ce qui explique pourquoi les cordes graves d'une guitare sont filées, enroulées d'un fil métallique supplémentaire, pour gagner en masse sans devenir trop raides ni trop tendues. Pour qui aime la notation, la formule complète s'écrit f = (1 / 2L) fois racine carrée de (T / μ), où f est la fréquence, L la longueur vibrante, T la tension et μ la masse linéique ; mais retenir les trois relations en mots suffit largement pour comprendre pourquoi un luthier ne joue que sur ces trois leviers, et aucun autre, pour régler la hauteur d'une corde.

C'est très exactement la combinaison de ces trois paramètres, sur un manche de longueur fixe, qui donne à chaque corde de l'accordage standard sa fréquence précise en Hertz, l'unité qui mesure le nombre de vibrations par seconde. Le tableau suivant les détaille toutes les six, calées sur la référence internationale du La à 440 Hz.

Les six cordes de l'accordage standard : note, fréquence et intervalle
CordeNoteFréquence (Hz, La = 440)Intervalle avec la corde précédente
6e corde (la plus grave)Mi (E2)82,41 Hz
5e cordeLa (A2)110,00 HzQuarte juste
4e cordeRé (D3)146,83 HzQuarte juste
3e cordeSol (G3)196,00 HzQuarte juste
2e cordeSi (B3)246,94 HzTierce majeure
1re corde (la plus aiguë)Mi (E4)329,63 HzQuarte juste

Le rapport entre deux fréquences voisines confirme ce que dit la théorie des intervalles : entre le Mi grave et le La, comme entre les autres paires en quarte juste, la fréquence est multipliée par un facteur d'environ 1,335, l'équivalent en fréquence de cinq demi-tons en tempérament égal ; entre le Sol et le Si, le facteur tombe à environ 1,260, celui d'une tierce majeure de quatre demi-tons seulement, très légèrement plus resserré.

Accorder sa guitare : accordeur, application, ou à l'oreille

Trois familles d'outils permettent d'accorder une guitare aujourd'hui, du plus fiable au plus exigeant pour l'oreille. L'accordeur électronique, à pince (fixé sur la tête du manche, il capte les vibrations du bois) ou avec un micro intégré, reste la référence pour la fiabilité : il affiche l'écart exact avec la note cible, en cents, l'unité qui découpe chaque demi-ton en cent parts égales, et convient à toutes les conditions, y compris sur scène dans le bruit ambiant. Une application mobile fait sensiblement la même chose via le micro du téléphone, avec une précision proche d'un accordeur dédié dans un environnement calme, ce qui en fait une alternative pratique quand on n'a pas d'accordeur physique sous la main.

Accorder à l'oreille reste une compétence utile à développer, ne serait-ce que pour vérifier un accordeur douteux ou dépanner sans aucun outil. La méthode dite de la 5e case s'appuie directement sur la quarte juste détaillée plus haut : joue la 5e case d'une corde, elle doit sonner exactement comme la corde suivante jouée à vide ; ajuste la cheville jusqu'à ce que les deux notes se confondent, sans battement perceptible entre elles. Répète l'opération corde par corde en partant du Mi grave. Seule exception à retenir, déjà annoncée plus haut : entre la corde de Sol et celle de Si, compare la 4e case et non la 5e, puisque l'intervalle y est la tierce majeure plus étroite.

La méthode des harmoniques affine encore la précision de l'oreille. Un harmonique naturel, obtenu en effleurant la corde sans l'appuyer exactement au-dessus d'une case comme la 5e ou la 7e, isole une composante pure et simple du son de la corde, débarrassée de la complexité du son fondamental, et sonne donc plus longtemps et plus clairement qu'une note frettée normale. En comparant l'harmonique à la 5e case d'une corde à l'harmonique à la 7e case de la corde voisine plus aiguë, l'oreille perçoit très nettement le moindre battement, ce frémissement causé par deux fréquences presque mais pas tout à fait identiques, et peut affiner l'accordage avec une précision supérieure à celle obtenue à cordes ouvertes. Un bémol technique mérite d'être connu : parce que les harmoniques produisent des intervalles parfaitement purs alors que le manche de la guitare est construit en tempérament égal, une paire d'harmoniques accordée à la perfection sur cette méthode laisse parfois la corde de Sol très légèrement décalée par rapport au tempérament égal théorique, un écart trop fin pour l'oreille mais mesurable à l'accordeur.

Reste la question de la référence elle-même : à quelle fréquence exacte accorder le La de la 5e corde ? La norme internationale ISO 16, recommandée dès 1939 et formalisée en 1955 puis 1975, fixe le diapason à 440 Hz, la valeur que suit la quasi-totalité de la musique amplifiée et la majorité des orchestres. Certains orchestres, notamment en Europe continentale, s'accordent pourtant plus haut par tradition : l'Orchestre philharmonique de Vienne avoisine les 443 Hz, et de nombreux orchestres du continent se situent entre 440 et 444 Hz, un choix qui donne un son perçu comme légèrement plus brillant. Pour un guitariste qui ne joue pas avec un orchestre calé sur cette référence, 440 Hz reste largement le standard à suivre.

Cordes neuves : pourquoi elles se désaccordent et comment les roder

Une guitare qui vient de recevoir un jeu de cordes neuves se désaccorde presque à chaque fois qu'on la rejoue, parfois de façon si marquée que certains débutants pensent l'instrument défectueux. Le phénomène n'a rien d'anormal : il tient à la façon même dont une corde neuve se stabilise mécaniquement à trois endroits précis. Autour de l'ergot du mécanique, où elle s'enroule encore de façon un peu lâche juste après la pose ; au sillet, où elle doit se tasser dans son encoche ; et au niveau du chevalet ou de la boule d'ancrage, selon le type de guitare, où elle finit de se caler sous la tension. Tant que ces trois points de contact n'ont pas fini de se stabiliser, la corde continue de s'étirer légèrement à chaque fois qu'on joue ou qu'on retend l'accordage, et donc de redescendre en hauteur entre deux sessions.

Le rodage consiste précisément à accélérer cette stabilisation plutôt que de la subir passivement. Après avoir monté et grossièrement accordé chaque corde neuve, il suffit de la tirer doucement, perpendiculairement au manche, sur toute sa longueur, puis de la réaccorder : ce geste simple force d'un coup l'étirement que plusieurs jours de jeu normal auraient produit petit à petit. Répéter l'opération trois ou quatre fois, corde par corde, suffit généralement à stabiliser un jeu de cordes en acier filé, le type le plus courant sur guitare folk ou électrique, en une à deux heures de jeu ou de tirage actif cumulé. Les cordes en nylon d'une guitare classique, plus élastiques par nature, demandent nettement plus de patience : leur stabilisation complète prend généralement autour de quarante-huit heures de jeu actif, parfois étalées sur deux à quatre jours, avant que l'accordage ne tienne vraiment d'une session à l'autre.

Ce délai de rodage explique aussi pourquoi il vaut mieux éviter de changer toutes ses cordes juste avant un concert ou un enregistrement important : mieux vaut les poser au moins la veille, en les rodant activement, plutôt que de découvrir en direct qu'elles continuent de descendre entre deux morceaux.

À quelle fréquence réaccorder : température, humidité et cordes usées

Même une guitare parfaitement rodée et déjà installée depuis des mois ne reste jamais accordée indéfiniment, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la qualité de l'instrument. La température en est la première cause : un écart d'environ 5 à 6 °C suffit à faire varier la tension des cordes et la géométrie du bois du manche assez pour décaler l'accordage de plusieurs cents, largement audible à l'oreille exercée. Une guitare sortie d'un étui froid vers une pièce chauffée, ou laissée en plein soleil derrière une vitre, se désaccorde donc presque à coup sûr le temps de revenir à température stable.

L'humidité joue un rôle tout aussi réel, mais plus lent et plus insidieux. Le bois du manche et de la table absorbe ou relâche de l'humidité ambiante en fonction du climat : un air trop sec fait rétrécir le bois, ce qui a tendance à faire monter la tension et donc la hauteur des cordes, tandis qu'un air trop humide le fait gonfler, modifie la hauteur des cordes au-dessus des frettes et peut décaler légèrement la position du chevalet, ce qui affecte à la fois l'accordage et la justesse sur tout le manche. La plage recommandée pour la plupart des guitares se situe autour de 40 à 55 % d'humidité relative, à une température ambiante de 21 à 26 °C environ : en dehors de cette fourchette, au-delà du simple désaccordage, c'est le bois lui-même qui finit par se déformer durablement.

Les cordes elles-mêmes vieillissent, indépendamment du climat. La transpiration des doigts, la graisse de la peau et la poussière s'accumulent progressivement dans les spires des cordes filées, ce qui amortit leur vibration, en particulier dans les aigus, et fait perdre en clarté, en sustain et en stabilité de justesse : une corde oxydée et encrassée tient nettement moins bien l'accordage qu'une corde neuve et propre, même sans changement mesurable de tension. Le rythme de jeu compte aussi : des cordes jouées tous les jours, avec un médiator dur ou une attaque appuyée, s'usent et s'oxydent plus vite qu'un jeu occasionnel au médiator souple. En pratique, la plupart des guitaristes changent leurs cordes entre deux et six mois d'intervalle selon la fréquence de jeu, ou dès qu'elles paraissent ternes, rêches au toucher ou franchement plus difficiles à garder justes d'un jour à l'autre.

Les accordages alternatifs en bref : drop D et accordages ouverts

L'accordage standard n'est pas une contrainte figée : une fois qu'il est bien maîtrisé, il existe toute une famille d'accordages alternatifs qui changent volontairement une ou plusieurs cordes pour obtenir d'autres sonorités ou simplifier certains styles de jeu. Le plus proche du standard, le drop D, ne touche qu'à une seule corde : le Mi grave descend d'un ton entier jusqu'au Ré, ce qui transforme les trois cordes les plus graves en un accord de puissance jouable à vide, très utilisé dans le rock et le métal, mais aussi en blues, en folk et jusque dans le répertoire classique.

Les accordages ouverts vont plus loin : toutes les cordes se réaccordent pour que les six cordes jouées à vide sonnent déjà un accord complet, sans qu'aucun doigt ne touche le manche. L'accordage ouvert de Ré (Ré-La-Ré-Fa dièse-La-Ré) est particulièrement associé au jeu au bottleneck ou au slide, où glisser un objet le long des cordes à vide devient immédiatement musical ; l'accordage ouvert de Sol (Ré-Sol-Ré-Sol-Si-Ré) reste emblématique du rock et du blues électrique. Ce ne sont là que deux exemples parmi une famille bien plus large d'accordages ouverts, chacun pensé pour un style ou un effet précis, et ce guide n'a pas vocation à les détailler : ils méritent chacun leur propre exploration, une fois que l'accordage standard, avec sa quarte juste et son exception Sol-Si, est devenu un réflexe.

Pièges classiques à éviter

PiègeContinuer à visser la mécanique vers le haut quand une corde a dépassé la note visée, au lieu de la redétendre d'abord.

Pourquoi — Une mécanique de guitare a toujours un peu de jeu, et une corde tendue depuis le dessus retombe légèrement dès qu'on arrête de tourner, ce qui rend l'accordage instable et fait sonner la corde un peu trop haute au bout de quelques minutes de jeu. Continuer à monter en tension quand on a déjà dépassé la note rapproche en plus la corde de sa limite de rupture.

La bonne pratique : Dès qu'une corde dépasse la hauteur visée, redescends-la nettement en dessous de la note cible, puis remonte lentement jusqu'à elle : approcher la tonalité uniquement par en dessous stabilise mécaniquement l'accordage.

PiègeConfondre deux cordes adjacentes en accordant à l'oreille avec la méthode de la 5e case.

Pourquoi — Sans repère visuel net, il est facile de comparer la 5e case d'une corde à la mauvaise voisine, surtout entre les cordes centrales du manche qui sonnent des hauteurs proches ; le résultat est un accordage qui semble juste corde à corde, mais faux dans l'absolu une fois toutes les cordes jouées ensemble.

La bonne pratique : Vérifie toujours le nom de la note obtenue, pas seulement qu'elle sonne pareil que la corde voisine, en comptant les cordes à partir du Mi grave à chaque étape plutôt qu'en travaillant à l'instinct.

PiègeUtiliser la 5e case comme référence entre la corde de Sol et celle de Si, comme pour toutes les autres paires.

Pourquoi — C'est justement la seule paire de cordes accordée en tierce majeure et non en quarte juste : comparer la 5e case du Sol à la corde de Si à vide donne une note trop haute d'un demi-ton, ce qui fausse tout l'accord de la 2e corde sans que rien ne le signale clairement à l'oreille d'un débutant.

La bonne pratique : Retiens cette exception précise : entre Sol et Si, et uniquement entre ces deux cordes, compare la 4e case, pas la 5e.

PiègeCroire la guitare défectueuse ou l'accordeur en panne parce qu'un jeu de cordes neuves se désaccorde à chaque session.

Pourquoi — Une corde neuve continue de s'étirer à trois points de contact, l'ergot du mécanique, le sillet et le chevalet, tant qu'elle n'a pas fini de se stabiliser mécaniquement : ce n'est pas un défaut de l'instrument, mais un phénomène normal et temporaire qui dure de une à deux heures pour de l'acier, à environ deux jours pour du nylon.

La bonne pratique : Rode activement chaque corde neuve en la tirant doucement plusieurs fois puis en la réaccordant, plutôt que d'attendre passivement, et prévois de reposer un jeu neuf au moins la veille d'un concert ou d'un enregistrement.

PiègePenser qu'un accordage réalisé une fois reste valable indéfiniment, sans tenir compte du climat ou de l'âge des cordes.

Pourquoi — Un simple écart de température de 5 à 6 °C, un changement d'humidité, ou des cordes encrassées par plusieurs semaines de transpiration suffisent chacun à décaler la justesse de façon perceptible, même sur une guitare qui n'a pas bougé de sa housse.

La bonne pratique : Prends l'habitude de vérifier l'accordage avant chaque session plutôt qu'une fois par semaine, et surveille l'état des cordes elles-mêmes : ternes, rêches ou anciennes de plusieurs mois, elles tiennent nettement moins bien la justesse.

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Questions fréquentes

Quelles sont les notes de l'accordage standard de la guitare, et à quelle fréquence exacte ?

De la corde la plus grave à la plus aiguë : Mi, La, Ré, Sol, Si, Mi, soit E-A-D-G-B-E en notation anglo-saxonne. Calées sur la référence La = 440 Hz, leurs fréquences exactes sont 82,41 Hz, 110,00 Hz, 146,83 Hz, 196,00 Hz, 246,94 Hz et 329,63 Hz. Le premier Mi est le plus grave de l'instrument, le second sonne deux octaves plus haut.

Pourquoi l'intervalle entre Sol et Si est-il différent des autres cordes ?

Partout ailleurs, l'écart entre deux cordes voisines est une quarte juste, cinq demi-tons. Entre Sol et Si, c'est une tierce majeure, quatre demi-tons seulement. Cette exception, héritée du luth et de la vihuela de la Renaissance, décale certains doigtés de gammes ou d'accords qui traversent cette paire de cordes, mais rend aussi certains accords ouverts plus faciles à jouer.

Comment accorder sa guitare à l'oreille, sans accordeur électronique ?

Joue la 5e case d'une corde et compare-la à la corde suivante jouée à vide : elles doivent sonner à l'identique, sans battement. Fais-le corde par corde à partir du Mi grave, sauf entre Sol et Si où il faut comparer la 4e case, pas la 5e. La méthode des harmoniques, à la 5e et à la 7e case, affine encore la précision pour une oreille plus exercée.

Pourquoi mes cordes neuves se désaccordent-elles sans arrêt les premiers jours ?

Une corde neuve continue de s'étirer et de se tasser à trois points, l'ergot du mécanique, le sillet et le chevalet, tant qu'elle n'est pas complètement rodée. Compte environ une à deux heures de jeu actif pour des cordes en acier, et jusqu'à deux jours pour des cordes en nylon plus élastiques. Tirer doucement chaque corde neuve après l'avoir posée accélère cette stabilisation.

À quelle fréquence faut-il réaccorder sa guitare ?

Idéalement avant chaque session : la température, l'humidité et l'âge des cordes font tous varier la justesse, parfois en quelques heures. Un écart de température de seulement 5 à 6 °C peut déjà décaler l'accordage de plusieurs cents. Des cordes encrassées ou vieilles de plusieurs mois tiennent aussi nettement moins bien la justesse que des cordes propres et récentes.

Qu'est-ce qu'un accordage alternatif comme le drop D ou un accordage ouvert ?

Ce sont des accordages qui changent volontairement une ou plusieurs cordes par rapport au standard. Le drop D descend seulement le Mi grave d'un ton vers le Ré. Un accordage ouvert va plus loin en réaccordant toutes les cordes pour qu'elles sonnent déjà un accord complet à vide, comme l'accordage ouvert de Ré ou de Sol. Ce sont des variations à explorer une fois l'accordage standard bien maîtrisé.