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Construire une ligne de basse à partir d'une grille d'accords

Construire une ligne de basse à partir d'une grille commence par la fondamentale de chaque accord, jouée sur le premier temps : c'est le point de départ universel, quel que soit le style. On ajoute ensuite la quinte pour former le motif fondamentale-quinte, très répandu en rock et en pop, avant d'élargir vers la tierce et la septième quand l'accord en comporte une. Pour relier deux accords, une note de passage diatonique ou chromatique, jouée juste avant le changement, prépare l'oreille à la fondamentale suivante : c'est le principe de la walking bass. Quand la grille impose explicitement une autre note à la basse - un accord noté avec un slash, comme Do/Mi -, c'est cette note-là qui prime sur le réflexe de la fondamentale. Le style du morceau détermine ensuite la densité de la ligne (statique en rock, régulière en jazz, syncopée en funk ou reggae), toujours en respectant le rythme harmonique de la grille et en restant synchronisé avec la grosse caisse.
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Le rôle de la basse : le pont entre l'harmonie et le rythme

Dans un groupe, la basse occupe une position unique : c'est le seul instrument qui appartient à la fois à la section harmonique et à la section rythmique. Du côté de l'harmonie, elle joue des notes qui appartiennent aux accords de la grille, le plus souvent la fondamentale, et confirme ainsi à l'oreille quel accord est en train de sonner. Du côté du rythme, elle travaille main dans la main avec la batterie pour poser le tempo et le groove sur lesquels le reste du groupe s'appuie. Aucun autre instrument ne remplit ces deux fonctions à la fois avec un poids aussi déterminant.

Ce rôle de pont explique pourquoi la note la plus grave jouée par la basse a un poids harmonique disproportionné par rapport à sa simplicité apparente. Une même pile de notes empilées au-dessus - do, mi, sol par exemple - ne sonne pas de la même façon selon que le do, le mi ou le sol se trouve à la basse : c'est cette note la plus grave qui détermine si l'accord est perçu à l'oreille comme étant en position fondamentale ou en renversement. En jouant la fondamentale de chaque accord au bon moment, la basse confirme donc l'identité harmonique de l'accord de la façon la plus directe qui soit, avant même que la tierce ou la septième n'entrent en jeu.

Le réflexe universel : partir de la fondamentale de chaque accord

Face à n'importe quelle grille, le premier réflexe à avoir est toujours le même : repérer la lettre de chaque accord, qui donne sa fondamentale en notation internationale (A pour La, C pour Do, et ainsi de suite), et la jouer sur le premier temps de la mesure. Le guide sur la lecture d'une grille d'accords détaille en profondeur comment décoder lettres et suffixes ; il suffit ici de retenir que chaque case donne au bassiste exactement l'information dont il a besoin pour démarrer : quelle note de fondamentale jouer, et jusqu'à quand la tenir.

Cette approche minimale - une seule note tenue ou répétée par accord - n'est pas un pis-aller réservé aux débutants : c'est le point de départ universel de toute ligne de basse, quel que soit le style visé. Avant d'ajouter la moindre note supplémentaire, ce réflexe doit être totalement fiable : changer de fondamentale exactement au bon moment, en suivant scrupuleusement les cases de la grille, sans le moindre décalage. Une ligne de basse qui ne joue que les fondamentales, mais parfaitement synchronisée avec les changements d'accords, soutient déjà solidement n'importe quelle chanson ; une ligne bien plus riche mais qui change de note au mauvais moment, elle, dérègle tout l'ensemble du groupe.

Le motif fondamentale-quinte : pourquoi la quinte est la meilleure alliée de la racine

Une fois le réflexe de la fondamentale bien posé, l'étape suivante consiste presque toujours à lui ajouter sa quinte, l'intervalle situé sept demi-tons au-dessus. Ce motif fondamentale-quinte, en alternance sur un même accord, est probablement le motif de basse le plus répandu toutes musiques confondues, en particulier en rock et en pop : la fondamentale ancre l'accord en début de mesure, la quinte relance le mouvement un peu plus loin, souvent sur le troisième temps en 4/4, et l'oreille perçoit une ligne vivante plutôt qu'une note tenue en continu.

Ce n'est pas un hasard si la quinte fonctionne presque aussi bien que la fondamentale elle-même : elle lui est acoustiquement très proche. Dans la série des harmoniques naturelles que produit n'importe quelle note - les fréquences supplémentaires qui se superposent à la fréquence fondamentale et donnent à un son sa couleur -, le tout premier harmonique après l'octave est justement la quinte. Autrement dit, quand on joue une fondamentale, sa quinte est déjà présente, plus discrètement, dans le spectre sonore de cette même note. C'est cette parenté acoustique qui rend le passage de la fondamentale à sa quinte aussi naturel à l'oreille : la quinte n'introduit jamais de tension, elle prolonge une relation déjà inscrite dans le son lui-même. Ce même intervalle reste identique que l'accord soit majeur ou mineur, puisque c'est la tierce qui distingue les deux, jamais la quinte : un motif fondamentale-quinte fonctionne donc à l'identique sur n'importe quel accord de la grille, sans exception à retenir.

Élargir la palette : tierce, septième et les autres notes de l'accord

Au-delà de la fondamentale et de la quinte, une ligne de basse peut aussi puiser dans les autres notes qui composent l'accord : la tierce, qui précise si l'accord est majeur ou mineur, et la septième quand la grille en indique une (suffixe 7, maj7 ou m7). Toutes ces notes appartiennent à l'arpège de l'accord : elles sonnent juste sur n'importe quel temps, y compris les temps forts, parce qu'elles font directement partie de l'harmonie en train de sonner. Le guide sur les accords de septième détaille en profondeur comment se construisent les accords de 7 de dominante, de maj7 et de m7 ; il suffit ici de retenir que si la grille indique un de ces suffixes, la basse peut inclure cette septième pour renforcer précisément la couleur harmonique voulue par l'accord.

Au-delà de l'arpège de l'accord lui-même, une ligne de basse peut aussi emprunter des notes à la gamme sur laquelle repose la tonalité du morceau, pas seulement aux notes de l'accord en cours. Ces degrés de gamme ajoutent de la variété mélodique sans sortir du cadre harmonique, à condition d'être placés avec discernement : sur les temps forts, on privilégie les notes de l'accord (fondamentale, tierce, quinte, septième) qui confirment l'harmonie ; sur les temps faibles ou les subdivisions, une note de gamme peut décorer la ligne sans la brouiller. Plus la ligne s'enrichit, plus il devient important de garder un ancrage clair sur les notes de l'accord aux moments clés de la mesure, en particulier le premier temps de chaque changement.

La tierce mérite une attention particulière parce qu'elle joue un rôle différent de celui de la quinte : contrairement à la quinte, identique que l'accord soit majeur ou mineur, la tierce est la seule note qui tranche entre les deux couleurs. Placée à la basse, même brièvement, elle affirme cette couleur avec une netteté qu'aucune autre note de l'accord n'a, ce qui en fait un ingrédient de choix pour teinter une ligne autrement neutre, en particulier sur un temps faible juste avant ou après la fondamentale. Toutes les notes de la gamme, en revanche, ne se valent pas une fois sorties de l'arpège de l'accord : certains degrés, en théorie harmonique, sont dits en tension ou notes à éviter sur un accord donné, parce qu'ils forment avec l'une des notes de l'accord un intervalle dissonant qui accroche l'oreille au lieu de la porter. Une ligne de basse qui parcourt mécaniquement toute la gamme, de bas en haut, sans distinguer les notes qui appartiennent à l'accord de celles qui n'y appartiennent pas, finit tôt ou tard par buter sur l'une de ces notes en tension, plaquée au mauvais moment sur un temps fort. La règle qui évite cet écueil reste toujours la même : plus une note s'éloigne de l'arpège de l'accord, plus elle doit être placée sur un temps faible ou une subdivision courte, jamais tenue ni martelée sur le premier temps d'un changement d'accord.

Renversements et basse différente de la fondamentale : lire un accord noté avec un slash

Jusqu'ici, la basse a toujours joué la fondamentale de l'accord, la note qui lui donne son nom. Mais un accord peut aussi être joué avec une autre note à la basse : on parle alors de renversement, une réorganisation de l'accord où ce n'est plus la fondamentale mais la tierce, la quinte ou parfois la septième qui occupe la position la plus grave. Rien ne change dans les notes qui composent l'accord ; seule la note la plus basse change, et c'est justement elle, on l'a vu dès le premier repère de ce guide, qui détermine ce que l'oreille perçoit en priorité. Un accord de Do majeur joué avec un Mi à la basse plutôt qu'un Do reste harmoniquement un accord de Do majeur, mais il sonne nettement plus léger, moins ancré, avec une couleur de passage plutôt que de repos.

Sur une grille, un renversement imposé s'écrit avec une barre oblique : la lettre avant la barre indique l'accord joué par les instruments harmoniques, la lettre après la barre indique la note que la basse doit jouer. Do/Mi signifie donc « joue un accord de Do majeur, mais avec un Mi à la basse », pas « joue Do ou Mi au choix ». Quand la grille comporte cette notation, elle prime sur le réflexe par défaut de jouer la fondamentale : c'est une instruction précise, pas une suggestion. En l'absence de barre oblique, en revanche, rien n'indique un renversement et le réflexe de la fondamentale, décrit plus haut dans ce guide, reste la bonne approche par défaut.

Cette notation sert deux objectifs bien distincts. Le premier est la conduite des voix : en choisissant la tierce ou la quinte plutôt que la fondamentale à un moment précis, on rapproche la note de basse de celle qui vient juste avant ou juste après, ce qui adoucit un saut qui aurait sonné plus abrupt avec deux fondamentales pleines. C'est exactement la même logique que la note de passage vue plus loin dans ce guide, mais intégrée à l'accord lui-même plutôt qu'ajoutée entre deux accords. Le second objectif est la basse pédale : la basse tient une seule note, souvent la tonique du morceau, pendant que les accords changent au-dessus d'elle sans lien harmonique direct avec cette note tenue. Cette technique, très employée dans les ponts et les montées de tension, crée un frottement volontaire entre une basse immobile et une harmonie mouvante, un effet impossible à obtenir en jouant simplement la fondamentale de chaque accord.

Lire un accord noté avec une barre oblique (slash chord)
NotationAccord joué au-dessusNote jouée à la basseRôle typique pour la basse
Do/MiDo majeurMi (tierce)Renversement doux, ligne de basse qui avance par degrés conjoints
Do/SolDo majeurSol (quinte)Renversement stable, souvent utilisé comme note de passage entre deux accords voisins
Ré mineur/DoRé mineurDo (septième mineure)Prépare une résolution en douceur vers l'accord suivant
Sol/SiSol majeurSi (tierce)Approche par degré vers la tonique suivante, mouvement de basse ascendant typique d'une cadence

Pour un bassiste qui découvre cette notation, le repère le plus simple reste de toujours vérifier d'abord ce qui suit la barre oblique avant de jouer quoi que ce soit : c'est cette note-là, et uniquement elle, qui doit sonner en dessous de tout le reste, quelle que soit la complexité de l'accord indiqué avant la barre.

Notes de passage : relier deux accords consécutifs

Pour relier la fondamentale d'un accord à celle du suivant, plutôt que d'y sauter directement, on utilise une note de passage placée juste avant le changement, en général sur le dernier temps ou la dernière croche de la mesure. Deux techniques principales existent. La note de passage diatonique emprunte un degré de la gamme du morceau situé entre les deux fondamentales. La note d'approche chromatique, elle, se situe à un demi-ton exactement de la fondamentale qui arrive, au-dessus ou en dessous, sans se soucier de la gamme du morceau : c'est le principe même de la marche chromatique tant utilisée en walking bass.

La différence entre une note de passage réussie et une fausse note tient à une seule chose : la résolution. Une note de passage tire toute sa légitimité du fait qu'elle mène immédiatement, par le pas le plus court possible (un ton ou un demi-ton), vers la note cible qui la suit. Jouée sur un temps faible et résolue sans détour sur le temps fort suivant, elle sonne comme une transition voulue, presque invisible à l'oreille non avertie. La même note, laissée sans résolution ou placée sur un temps fort sans lien clair avec ce qui suit, sonne au contraire comme une erreur. C'est ce principe de résolution immédiate, plus que la note elle-même, qui distingue une walking bass maîtrisée d'une ligne qui semble juste jouer au hasard.

Cette logique de notes de passage atteint sa forme la plus aboutie sur une cadence particulièrement fréquente en jazz, la cadence ii-V-I, qui enchaîne trois accords dont les fondamentales descendent par quintes successives - un mouvement de basse parmi les plus forts de toute l'harmonie tonale. Le guide sur la cadence ii-V-I en jazz détaille pour elle-même la construction de ces trois accords et la façon dont leurs notes se répondent d'un accord à l'autre ; il suffit ici de retenir que ce même mouvement de septième qui descend d'un demi-ton vers la tierce de l'accord suivant, au cœur de cette cadence, se traduit très naturellement dans une ligne de basse : la note de passage qui relie les deux derniers accords de la cadence n'est bien souvent rien d'autre que cette même septième en train de se résoudre, jouée à la basse plutôt que confiée à un accord plaqué. Reconnaître cette cadence dans une grille, c'est donc aussi reconnaître à l'avance la direction naturelle que devrait prendre la ligne de basse sur ses deux derniers accords.

Trois façons de jouer selon le style : statique, walking, syncopée

Le style d'un morceau change radicalement ce qu'on attend d'une ligne de basse, alors que le principe de départ - fondamentale, quinte, notes de passage - reste identique quel que soit le genre. Trois grandes familles d'approche couvrent l'essentiel des situations rencontrées face à une grille.

La première, la plus directe, convient au rock et à une bonne partie de la pop : une ligne statique, construite presque uniquement sur le motif fondamentale-quinte, avec peu de notes par mesure et une attaque nette sur les temps forts. C'est une approche posée, prévisible, qui laisse toute la place à la guitare et à la voix sans jamais distraire l'oreille.

La deuxième, la walking bass, est la signature du jazz et d'une partie du blues : elle joue une note différente sur chaque temps, quatre notes par mesure en 4/4 (on parle de walking à quatre), en enchaînant fondamentale, tierce, quinte, septième et notes de passage pour créer un mouvement continu et régulier qui porte lui-même une bonne part du tempo du morceau.

La troisième, la ligne syncopée, domine le funk et le reggae : plutôt que de tomber systématiquement sur les temps, elle anticipe certaines attaques avant le temps, laisse des silences, et s'appuie largement sur les notes fantômes - des notes jouées avec la main gauche qui étouffe la corde, sans hauteur précise, qui ajoutent une texture percussive sans ajouter de matière harmonique. Le reggae pousse cette logique plus loin encore en laissant volontairement le premier temps silencieux ou très en retrait, pour reporter le poids rythmique sur les contretemps.

Trois approches de ligne de basse selon le style
StyleDensité rythmiqueNotes principalement utiliséesSensation produite
Rock direct (statique)Faible à moyenne : souvent une à deux notes par mesureFondamentale et quintePosée, solide, prévisible
Jazz / blues (walking bass)Élevée : une note par temps, quatre par mesure en 4/4Fondamentale, tierce, quinte, septième, notes de passageMarche régulière, mouvement continu
Funk / reggae (syncopée)Variable, avec silences et anticipationsFondamentale, quinte, notes fantômes étoufféesGroove, rebond, respiration rythmique

Aucune de ces trois approches n'est supérieure aux autres : chacune répond à un rôle différent de la basse dans le morceau, et le choix se fait en écoutant le style de la grille plutôt qu'en appliquant un motif par réflexe.

Suivre le rythme harmonique de la grille

Le rythme harmonique d'un morceau désigne la vitesse à laquelle les accords changent : certaines grilles changent d'accord toutes les mesures, d'autres toutes les deux mesures, d'autres encore changent deux fois dans une seule mesure. Respecter ce rythme harmonique est une contrainte non négociable pour le bassiste : c'est lui qui indique exactement quand la fondamentale doit changer, pas le nombre de notes jouées ni la longueur du motif choisi. Une ligne de basse, aussi bien construite soit-elle, qui change de fondamentale un temps trop tôt ou trop tard désynchronise instantanément toute la section harmonique du morceau.

Au-delà du simple respect des changements d'accord, le rythme harmonique influence aussi la densité de la ligne, c'est-à-dire le nombre de notes jouées par mesure. Une grille aux accords longs, qui tiennent plusieurs mesures, laisse le champ libre à une ligne dense, avec beaucoup de mouvement, sans risquer de brouiller l'harmonie puisque l'accord reste stable longtemps. À l'inverse, une grille aux accords courts, qui changent à chaque temps ou presque, demande en général une ligne plus sobre : moins de notes, pour laisser à l'oreille le temps d'identifier chaque nouvel accord avant le suivant. La densité de la ligne de basse n'est donc pas seulement un choix de style, c'est aussi une réponse directe à la vitesse du rythme harmonique de la grille : peu de notes donnent un feel posé, beaucoup de notes donnent un feel actif, et le bon choix dépend de la marge que laisse la grille elle-même.

La basse et la batterie : le duo rythmique

La basse ne construit pas sa ligne rythmique seule : elle la construit avec la batterie, et plus particulièrement avec la grosse caisse. Faire coïncider les attaques de la basse avec les coups de grosse caisse - ce que les musiciens appellent verrouiller les deux instruments, ou locker en argot de studio - donne au groove une assise et une énergie que ni l'un ni l'autre n'obtiendrait seul. Cette synchronisation ne signifie pas que la basse doit jouer une note à chaque coup de grosse caisse : il s'agit plutôt de faire coïncider les attaques importantes de la ligne de basse, en particulier celle du premier temps de chaque nouvel accord, avec les appuis rythmiques que pose la batterie.

Le degré de verrouillage attendu entre basse et batterie varie selon le style. Dans le rock direct, la ligne de basse suit très étroitement le motif de la grosse caisse, presque note pour note, ce qui donne cette sensation d'un seul bloc rythmique massif. En jazz, la relation s'inverse en partie : c'est souvent la walking bass elle-même qui porte le tempo de la façon la plus continue, la batterie venant ponctuer et colorer ce déroulé plutôt que l'imposer. Dans tous les cas, la basse reste l'instrument charnière qui relie la partie harmonique du groupe à sa partie rythmique, un rôle qui résume à lui seul pourquoi construire une bonne ligne de basse à partir d'une grille dépasse largement le simple fait de jouer les bonnes notes au bon moment.

Pièges classiques à éviter

PiègeEmpiler trop de notes sur chaque accord, ou parcourir mécaniquement toute la gamme, au risque de brouiller l'harmonie.

Pourquoi — Multiplier les notes de passage, les notes de gamme ou les ornements donne l'impression d'enrichir la ligne, mais quand ces notes ne sont ni des notes de l'accord ni de vraies notes de passage résolues, elles finissent par masquer la fondamentale et rendre l'accord difficile à identifier à l'oreille. Le cas le plus fréquent est la ligne qui remonte ou redescend toute la gamme note par note, sans distinguer les degrés qui appartiennent à l'accord de ceux qui sont en tension avec lui : elle sonne comme un exercice technique plutôt que comme une ligne de basse au service de la chanson.

La bonne pratique : Revenir aux notes de l'accord - fondamentale, quinte, puis tierce et septième si besoin - comme ossature de la ligne, et n'ajouter des notes de gamme supplémentaires que sur les temps faibles, jamais en butée sur les temps forts, en gardant toujours une intention rythmique et mélodique claire plutôt qu'un simple remplissage.

PiègeIgnorer le rythme harmonique de la grille et changer de fondamentale au mauvais moment.

Pourquoi — Un accord qui dure deux mesures dans la grille n'autorise pas à changer de fondamentale après une seule mesure, et inversement un accord qui ne dure qu'un demi-temps ne laisse pas le temps d'y développer un long motif : ignorer la durée réelle de chaque accord désynchronise la basse du reste du groupe.

La bonne pratique : Compter précisément les temps indiqués par chaque case de la grille avant de construire le motif, et vérifier que le changement de fondamentale tombe exactement là où l'accord change, pas un temps avant ni après.

PiègeConfondre une note de passage chromatique avec une fausse note.

Pourquoi — Une note de passage tire toute sa légitimité de sa résolution immédiate, par un pas d'un ton ou d'un demi-ton, vers la fondamentale de l'accord suivant. Jouée sans cette résolution, ou plaquée sur un temps fort sans lien avec ce qui suit, la même note sonne comme une erreur plutôt que comme une transition voulue.

La bonne pratique : Placer systématiquement la note de passage sur un temps faible, juste avant le changement d'accord, et la faire immédiatement suivre par la fondamentale de l'accord suivant : c'est cette résolution qui transforme une note isolée en note de passage réussie.

PiègeAppliquer le même motif de basse quel que soit le style de la grille.

Pourquoi — Un motif fondamentale-quinte statique sur une grille funk sonne raide et sans groove, tandis qu'une walking bass complète plaquée sur une grille pop-rock directe surcharge inutilement l'arrangement : chaque style attend une densité rythmique et un rôle de basse différents.

La bonne pratique : Identifier d'abord le style que suggère la grille - rock direct, jazz ou blues, funk ou reggae - avant de choisir entre une ligne statique, une walking bass régulière ou une ligne syncopée avec notes fantômes.

PiègeConfondre la notation d'un accord noté avec un slash (comme Do/Mi) avec un choix libre entre deux accords.

Pourquoi — La barre oblique n'indique pas une alternative entre deux accords possibles, mais une instruction précise : l'accord avant la barre pour les instruments harmoniques, la note après la barre pour la basse. Ignorer cette note, ou jouer par réflexe la fondamentale de l'accord affiché avant la barre, annule l'effet recherché, que ce soit un renversement destiné à adoucir la ligne ou une basse pédale destinée à créer une tension volontaire.

La bonne pratique : Lire systématiquement la note après la barre oblique en premier, avant même de regarder l'accord indiqué devant : c'est elle, et uniquement elle, qui doit sonner à la basse, quel que soit l'accord joué par-dessus.

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Questions fréquentes

Comment construire une ligne de basse simple à partir d'une grille d'accords ?

Commence par jouer la fondamentale de chaque accord sur le premier temps de la mesure, en suivant exactement les cases de la grille : c'est déjà une ligne de basse fonctionnelle. Ajoute ensuite la quinte, généralement sur le troisième temps en 4/4, pour former le motif fondamentale-quinte très répandu en rock et en pop, avant d'envisager des notes de passage pour relier les accords entre eux.

Pourquoi le motif fondamentale-quinte fonctionne-t-il presque aussi bien que la fondamentale seule ?

Parce que la quinte est acoustiquement très proche de la fondamentale : dans la série des harmoniques naturelles d'une note, la quinte est le tout premier harmonique après l'octave. Cette parenté fait qu'elle ne crée aucune tension avec la fondamentale, tout en apportant du mouvement à la ligne. Le même intervalle de sept demi-tons fonctionne à l'identique sur un accord majeur ou mineur, puisque c'est la tierce qui distingue les deux, pas la quinte.

Qu'est-ce qu'une note de passage, et comment l'utiliser sans jouer faux ?

Une note de passage relie la fondamentale d'un accord à celle du suivant, jouée juste avant le changement, en général sur le dernier temps de la mesure. Elle peut être diatonique (un degré de la gamme du morceau) ou chromatique (un demi-ton au-dessus ou en dessous de la note cible). Ce qui la rend juste plutôt que fausse, c'est sa résolution immédiate vers la fondamentale suivante : sans cette résolution, la même note sonne comme une erreur.

Quelle est la différence entre une ligne de basse rock, une walking bass jazz et une ligne funk ou reggae ?

La ligne rock reste statique, construite sur le motif fondamentale-quinte avec peu de notes par mesure. La walking bass, typique du jazz et du blues, joue une note différente sur chaque temps, en enchaînant notes de l'accord et notes de passage pour un mouvement continu. La ligne funk ou reggae est syncopée : elle anticipe certaines attaques, laisse des silences, et utilise des notes fantômes étouffées pour un effet percussif.

Qu'est-ce qu'un accord noté avec un slash, comme Do/Mi, et quelle note la basse doit-elle jouer ?

La lettre avant la barre oblique indique l'accord que jouent les instruments harmoniques ; la lettre après la barre indique la note précise que doit jouer la basse, souvent différente de la fondamentale de cet accord. Do/Mi ne veut donc pas dire « Do ou Mi au choix », mais « accord de Do majeur, avec Mi à la basse ». Cette note sert soit à adoucir la ligne par un renversement, soit à créer une basse pédale qui reste fixe pendant que les accords changent au-dessus.

Pourquoi la basse doit-elle se synchroniser avec la grosse caisse ?

Parce que la basse et la batterie forment ensemble la section rythmique du morceau : faire coïncider les attaques de la ligne de basse, en particulier au moment des changements d'accord, avec les appuis de la grosse caisse donne au groove une assise que ni l'un ni l'autre n'obtient seul. Le degré de ce verrouillage varie selon le style, très étroit en rock, plus libre en jazz où c'est souvent la walking bass qui porte le tempo.