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Lire une grille d'accords
Décoder la lettre : la notation internationale
Dans une grille, chaque accord commence par une lettre majuscule qui nomme sa fondamentale en notation internationale, dite anglo-saxonne. La correspondance est fixe : A vaut La, B vaut Si, C vaut Do, D vaut Ré, E vaut Mi, F vaut Fa, G vaut Sol. Un accord de Do s'écrit donc C, un accord de Sol s'écrit G. L'ordre part de A parce que la notation anglaise commence sur la note La, là où la gamme française se récite à partir de Do.
Le repère le plus commode pour retenir la table, c'est la lettre F : F comme Fa, même initiale, sert de point d'ancrage, et les autres notes se déduisent par ordre alphabétique à partir de là. Une fois cette table en tête, la moitié du travail de lecture est faite : la lettre te dit toujours la note de base de l'accord, et tout ce qui vient après ne fait que préciser sa couleur.
Lire les suffixes de base d'un accord
Un symbole d'accord se lit comme une recette. Par défaut, une lettre seule (C, G, D) désigne un accord majeur, bâti sur la fondamentale, sa tierce majeure et sa quinte. Tout ce qui s'accole à la lettre modifie cette triade de départ. Le m minuscule (Am, Em, Dm) abaisse la tierce d'un demi-ton pour donner un accord mineur : seule la tierce change entre majeur et mineur, mais l'ambiance bascule du lumineux au sombre. Le chiffre 7 (C7) ajoute une septième mineure et note l'accord de septième de dominante ; maj7, lui, ajoute une septième majeure au son plus doux, une note située onze demi-tons au-dessus de la fondamentale.
D'autres suffixes suivent la même logique d'altération. Un accord suspendu (sus4) remplace la tierce par la quarte au-dessus de la fondamentale, et sus2 la remplace par la seconde : sans tierce, l'accord n'est ni majeur ni mineur, il reste en suspens. Les mentions dim (diminué) et aug (augmenté) altèrent la quinte, respectivement abaissée ou haussée. Enfin, un accord slash comme C/E impose une basse : la partie à gauche du slash est l'accord joué, la note à droite est la note la plus grave à faire sonner. C/E se lit donc Do majeur avec un Mi à la basse.
Aller plus loin : les accords de 9e, 11e et 13e
Au-delà de la septième, la même logique continue : on empile encore des tierces par-dessus l'accord. Après la fondamentale, la tierce, la quinte et la septième vient la neuvième, une tierce plus haut que la septième, puis l'onzième, encore une tierce plus haut, puis la treizième. Ces trois degrés ne sont rien d'autre que la seconde, la quarte et la sixte de la gamme jouées une octave au-dessus : la neuvième est le 2e degré remonté d'une octave, l'onzième est le 4e degré remonté d'une octave, la treizième est le 6e degré remonté d'une octave. Un accord de neuvième comme C9 empile donc fondamentale, tierce, quinte, septième mineure et neuvième : Do, Mi, Sol, Si♭, Ré. Un accord de onzième comme C11 ajoute encore la onzième par-dessus : Do, Mi, Sol, Si♭, Ré, Fa. Et un accord de treizième comme C13 va jusqu'à la treizième : Do, Mi, Sol, Si♭, Ré, Fa, La — sept notes empilées en théorie, la plus haute tour que l'on construise couramment sur un accord.
Ces extensions ne sont pas réservées à un style ésotérique : elles sont le pain quotidien du jazz, où l'accord de 9e ou de 13e colore la moindre cadence, du funk et de la soul, où un accord de 9 ou de 11 posé sur une basse groovy donne cette couleur suspendue si reconnaissable, et de la ballade piano façon R&B ou gospel, où un simple accord majeur gagne en épaisseur dès qu'on lui ajoute une neuvième. Rien d'exotique dans leur logique : ce sont juste des triades ou des accords de septième auxquels on superpose une ou plusieurs couleurs supplémentaires, degré par degré, toujours par tierces.
Le piège add9 contre 9 : deux accords qu'on confond sans arrêt
C'est la confusion la plus fréquente dès qu'une grille affiche un chiffre après la lettre : add9 et 9 se ressemblent à l'œil mais désignent deux accords différents, avec un nombre de notes différent. Un accord add9, comme Cadd9, ajoute uniquement la neuvième à la triade de base, sans toucher à la septième : Do, Mi, Sol, Ré, soit la triade majeure plus une neuvième, quatre notes en tout. Un accord de neuvième, comme C9, sous-entend au contraire toute la pile en dessous : la triade, la septième mineure, et la neuvième par-dessus : Do, Mi, Sol, Si♭, Ré, cinq notes en tout. La différence tient donc à une seule note, la septième mineure, mais elle change complètement la couleur : add9 garde un son propre et ouvert, proche de la triade de départ avec juste une pointe de couleur, tandis que C9 sonne plus tendu, plus dominant, tiré vers une résolution.
La règle à retenir tient en une phrase : le mot add isole une seule note ajoutée à la triade, rien d'autre, alors qu'un chiffre seul après la lettre convoque toujours toute la chaîne de septièmes qui se trouve en dessous de lui. Un C9 suppose donc une septième mineure même si elle n'est pas écrite dans le nom, exactement comme un C13 suppose une septième, une neuvième et une onzième en dessous de la treizième, sauf mention contraire. Un accord maj9 (Cmaj9) suit la même règle mais avec une septième majeure : triade plus septième majeure plus neuvième, soit Do, Mi, Sol, Si, Ré. En cas de doute face à une grille, le réflexe est simple : si le mot add apparaît, une seule note s'ajoute ; sinon, le chiffre entraîne toute la pile en dessous de lui.
Ce qu'on joue vraiment : les notes qu'on peut omettre
Sur le papier, un accord de treizième aligne sept notes différentes. Dans la réalité, personne ne joue les sept sur un seul instrument harmonique : une main de piano ou une prise de guitare n'a tout simplement pas assez de doigts, et le résultat sonnerait épais et confus plutôt que riche. En pratique, on omet couramment la fondamentale, surtout si un bassiste ou une basse la couvre déjà ailleurs, et la quinte juste, qui est la note la moins caractéristique de l'accord : elle n'apporte presque aucune couleur propre, contrairement à la tierce ou à la septième.
Ce qui reste presque toujours, ce sont les guide-tones : la tierce, qui dit si l'accord est majeur ou mineur, et la septième, qui dit s'il est de dominante ou de type maj7. Ces deux notes suffisent à faire reconnaître la qualité de l'accord à l'oreille. On y ajoute ensuite l'extension demandée par le nom de l'accord, la neuvième, la onzième ou la treizième, celle qui donne sa couleur particulière. Sur un accord de 11e ou de 13e bâti sur une septième de dominante, la tierce et la onzième se frottent d'ailleurs facilement ; beaucoup de musiciens omettent alors l'une des deux, selon le son recherché. Un C13 joué en pratique peut donc se réduire à quatre notes, Mi, Si♭, Ré et La — tierce, septième, neuvième et treizième —, et sonner tout aussi juste qu'un C13 théorique à sept notes. Ce qui semblait complexe sur le papier devient une poignée de notes bien choisies à l'oreille.
| Suffixe | Ce qu'il change par rapport à la triade majeure | Exemple sur Do (C) |
|---|---|---|
| m | Tierce abaissée d'un demi-ton (tierce mineure) | Do, Mi♭, Sol |
| 7 | Ajoute une septième mineure à la triade majeure | Do, Mi, Sol, Si♭ |
| maj7 | Ajoute une septième majeure à la triade majeure | Do, Mi, Sol, Si |
| sus2 | Tierce remplacée par la seconde majeure | Do, Ré, Sol |
| sus4 | Tierce remplacée par la quarte juste | Do, Fa, Sol |
| dim | Tierce mineure et quinte abaissée (diminuée) | Do, Mi♭, Sol♭ |
| aug | Tierce majeure et quinte haussée (augmentée) | Do, Mi, Sol♯ |
| 9 | Septième mineure plus neuvième majeure | Do, Mi, Sol, Si♭, Ré |
| add9 | Neuvième majeure ajoutée seule, sans septième | Do, Mi, Sol, Ré |
| m7 | Tierce mineure plus septième mineure | Do, Mi♭, Sol, Si♭ |
| m7♭5 | Tierce mineure, quinte diminuée, septième mineure | Do, Mi♭, Sol♭, Si♭ |
| 11 | Empile encore la onzième ; tierce souvent omise | Do, (Mi), Sol, Si♭, Ré, Fa |
| 13 | Empile encore la treizième ; quinte et onzième souvent omises | Do, Mi, Sol, Si♭, Ré, (Fa), La |
Ce tableau ne remplace pas l'oreille, mais il donne un repère rapide pour retrouver, suffixe par suffixe, ce qui change par rapport à la triade de départ.
La mesure, la case et les temps
Une grille se découpe en cases, séparées par des barres de mesure verticales. Une case, c'est l'espace entre deux barres, et elle représente en général une mesure. Comme les chansons sont très souvent en 4/4, chaque case vaut alors quatre temps. Tu lis les cases de gauche à droite, puis tu passes à la ligne du dessous, exactement comme un texte.
Ce qu'il y a dans la case te dit combien de temps dure chaque accord. Un seul accord dans une mesure signifie qu'il occupe toute la mesure, soit les quatre temps en 4/4. Quand plusieurs accords partagent une même case, une barre diagonale ou des subdivisions répartissent les temps entre eux : deux accords côte à côte dans une mesure à quatre temps se partagent souvent deux temps chacun. C'est cette disposition qui t'indique où tomberont les changements d'accord.
Répétitions et navigation dans la grille
Une grille évite de tout réécrire grâce à quelques signes de répétition. Le signe pourcent placé dans une case veut dire répéter la mesure précédente : au lieu de recopier le nom de l'accord, on pose ce raccourci et on rejoue la même chose. C'est fréquent quand un même accord tient sur plusieurs mesures d'affilée.
Pour les sections entières, ce sont les barres de reprise qui balisent le chemin. Une barre de reprise est une barre de mesure accompagnée de deux points : les points placés à droite marquent le début de la partie à répéter, les points à gauche en marquent la fin. Une annotation comme x2 ou x3 précise combien de fois jouer la portion concernée. En repérant ces signes avant de commencer, tu sais d'avance quand une partie boucle et où revient le fil du morceau.
Le chiffrage Nashville Number System : la grille sans lettres
Il existe une autre façon d'écrire une grille, très répandue dans les studios professionnels, en particulier aux États-Unis dans le milieu des musiciens de session de Nashville : remplacer les lettres par des chiffres de degré. Au lieu d'écrire C, F, G, on écrit 1, 4, 5, les chiffres correspondant à la position de chaque accord dans la gamme de la tonalité du morceau. Cette notation est connue sous le nom de Nashville Number System. Une progression théorique comme I-V-vi-IV, en chiffres romains façon manuel d'harmonie, s'écrirait par exemple 1 5 6- 4 dans cette notation, le signe moins indiquant un accord mineur sur le sixième degré.
Le système est né à la fin des années 1950, autour de 1957, quand Neal Matthews, chanteur du groupe vocal The Jordanaires, a mis au point une façon de noter les parties vocales en chiffres pour enchaîner plusieurs séances d'enregistrement par jour sans tout mémoriser par cœur, en s'inspirant des systèmes de notation par formes utilisés par les quatuors gospel des années 1930 et 1940. Au début des années 1960, le musicien Charlie McCoy a repris cette logique et l'a étendue aux accords et à la section rythmique pour les musiciens de studio, qui devaient souvent déchiffrer un morceau entier à la première écoute d'une maquette. Le système a ensuite été formalisé et publié sous forme de livre par Chas. Williams en 1988.
L'intérêt pratique tient en une phrase : puisque les chiffres représentent des degrés relatifs à la tonalité et non des notes fixes, la même feuille de chiffrage se joue dans n'importe quelle tonalité sans être réécrite. Un chanteur qui change de tonalité d'un soir à l'autre annonce simplement la nouvelle tonalité de départ, et les musiciens transposent d'instinct en lisant les mêmes chiffres. C'est une notation pensée pour la vitesse et la mémoire auditive des musiciens de session, complémentaire de la grille en lettres que ce guide détaille, mais construite sur exactement la même logique de degrés que la lecture d'une grille classique.
La structure du morceau, et ce que la grille tait
Au-delà des accords, une grille suit la structure de la chanson, c'est-à-dire l'ordre de ses sections. L'intro amène le morceau, le couplet raconte l'histoire et change de texte à chaque passage, le refrain revient tel quel et porte le message principal, le pont crée une rupture avec des accords différents du reste, et l'outro conclut. Une forme pop très courante enchaîne couplet, refrain, couplet, refrain, pont, refrain, ce qu'on résume parfois par la formule ABABCB.
Reste un point essentiel : la grille indique la suite harmonique, quels accords et quand en changer, mais pas le rythme précis ni la manière de jouer chaque accord, qu'elle soit écrite en lettres ou en chiffres Nashville. La mélodie n'y figure pas non plus, ce qui la rend idéale pour l'accompagnement mais suppose que tu connaisses déjà l'air. Pour le rythme et le placement exact, tu t'appuies sur ton oreille et sur ta mémoire du morceau. Dans le Music Hub, chaque grille s'accompagne de la tonalité, du capo conseillé et d'un piano pour entendre chaque accord, de quoi combler ce que la grille seule ne dit pas.
Pièges classiques à éviter
PiègeConfondre Cadd9 et C9.
Pourquoi — Les deux noms se ressemblent visuellement et beaucoup de guitaristes ou pianistes pensent que add9 est juste une façon abrégée d'écrire 9. En réalité les deux accords n'ont pas le même nombre de notes : Cadd9 n'a pas de septième du tout, C9 en a une.
La bonne pratique : Retenir la règle simple : add isole une seule note ajoutée à la triade, tandis qu'un chiffre seul après la lettre (7, 9, 11, 13) sous-entend toujours toute la pile de septièmes en dessous de lui.
PiègeCroire qu'un accord noté simplement 7 veut dire un accord de 7 notes.
Pourquoi — Le chiffre 7 fait penser à un compte de notes, alors qu'il désigne en réalité un intervalle précis, la septième, ajoutée à la triade de départ.
La bonne pratique : Un accord de C7 n'a que quatre notes : Do, Mi, Sol, Si♭. Le chiffre nomme l'intervalle ajouté au-dessus de la fondamentale, pas le nombre total de notes de l'accord.
PiègePenser qu'il faut absolument jouer toutes les notes théoriques d'un accord complexe comme un 13e.
Pourquoi — La théorie empile sept notes différentes sur un accord de treizième, ce qui donne l'impression qu'il faut toutes les jouer pour que l'accord soit correct.
La bonne pratique : En pratique, on omet souvent la fondamentale, couverte par la basse, et la quinte, la note la moins caractéristique, pour ne garder que la tierce, la septième et l'extension demandée.
PiègeMal lire le signe pourcent de répétition ou le sens d'une barre de reprise.
Pourquoi — Le signe pourcent et les barres de reprise à deux points se ressemblent à la lecture rapide, et confondre le sens des points, début ou fin de la partie à répéter, fait sauter ou rejouer la mauvaise section.
La bonne pratique : Le pourcent répète seulement la mesure précédente ; une barre de reprise a des points à droite pour marquer le début du passage à répéter et des points à gauche pour marquer sa fin. Repérer ces signes avant de jouer évite l'erreur.
PiègeConfondre le suffixe minuscule m avec l'abréviation maj.
Pourquoi — À la lecture rapide, surtout sur une grille manuscrite ou dans une police peu lisible, l'œil confond Cm et Cmaj, alors que ce sont deux accords opposés : l'un mineur, l'autre majeur.
La bonne pratique : Vérifier la casse et l'orthographe complète : un m minuscule seul signifie mineur (Cm = Do mineur), tandis que maj écrit en toutes lettres signifie majeur, un statut déjà sous-entendu par une lettre seule sans aucun suffixe.
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Que veut dire la lettre au début d'un accord dans une grille ?
C'est la fondamentale de l'accord, notée en notation internationale : A vaut La, B vaut Si, C vaut Do, D vaut Ré, E vaut Mi, F vaut Fa, G vaut Sol. Un accord de Do s'écrit donc C. Retiens F comme Fa pour ancrer la table, le reste se déduit par ordre alphabétique.
Quelle est la différence entre C, Cm, C7 et Cmaj7 ?
C est un accord de Do majeur, sa forme par défaut. Cm abaisse la tierce pour un Do mineur, au son plus sombre. C7 ajoute une septième mineure, c'est l'accord de septième de dominante. Cmaj7 ajoute une septième majeure, une note plus haute au son plus doux. La lettre reste la même, seul le suffixe change la couleur.
Que signifie un accord slash comme C/E ?
C/E impose une basse. La partie à gauche du slash est l'accord joué, ici Do majeur, et la note à droite est la note la plus grave à faire sonner, ici Mi. On joue donc un accord de Do majeur avec un Mi à la basse. C'est utile pour créer une ligne de basse qui descend ou monte doucement sous les accords.
Une grille d'accords indique-t-elle le rythme à jouer ?
Non. La grille donne la suite harmonique, quels accords jouer et quand en changer, mais pas le rythme précis ni la façon de plaquer chaque accord. La mélodie n'y figure pas non plus. Pour le rythme, tu t'appuies sur ton oreille et sur ta connaissance du morceau, la grille servant surtout de repère pour l'accompagnement.
Quelle est la différence entre Cadd9 et C9 ?
Cadd9 ajoute uniquement la neuvième à la triade majeure, sans toucher à la septième : Do, Mi, Sol, Ré. C9 sous-entend en plus la septième mineure sous la neuvième : Do, Mi, Sol, Si♭, Ré. La règle générale : le mot add isole une seule note ajoutée, tandis qu'un chiffre seul après la lettre entraîne toute la chaîne de septièmes en dessous de lui.
À quoi servent les accords de 9e, 11e et 13e ?
Ce sont des extensions qui empilent encore des tierces au-dessus de la septième : la neuvième est le 2e degré une octave plus haut, la onzième le 4e degré, la treizième le 6e degré. On les trouve surtout en jazz, en funk et en soul ou R&B, pour colorer un accord sans changer sa fonction de base. En pratique, on n'en joue jamais toutes les notes : on garde la tierce et la septième, dites guide-tones, plus l'extension recherchée.