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Comprendre les tonalités et l'armure

Une armure, c'est le petit groupe de dièses ou de bémols placé après la clé, au tout début de chaque ligne de la portée : elle annonce une fois pour toutes quelles notes se jouent altérées dans tout le morceau, plutôt que de le répéter mesure après mesure. Elle ne dit rien de la couleur majeure ou mineure d'une tonalité, seulement combien d'altérations elle porte, de zéro à sept, et lesquelles précisément, puisque dièses et bémols apparaissent toujours dans un ordre fixe, jamais au hasard. Le cycle des quintes range les vingt-quatre tonalités selon ce nombre d'altérations et sert d'outil pour les retrouver toutes sans devoir les apprendre une par une. Deux tonalités bien distinctes à l'oreille peuvent aussi partager la même armure, comme Do majeur et sa relative La mineur, et deux noms de tonalité différents peuvent sonner exactement pareil : ce sont des tonalités enharmoniques, comme Fa dièse majeur et Sol bémol majeur.
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Armure et tonalité : deux choses liées, mais pas identiques

Une tonalité, c'est un ensemble de sept notes organisées autour d'une tonique, la note de repos sur laquelle la musique retombe ; le guide « Les gammes majeures et mineures pour bien débuter » du Music Hub explique en détail comment cette gamme se construit note par note et pourquoi majeur et mineur sonnent si différemment. L'armure, elle, ne s'occupe pas de tout ça : c'est un simple outil graphique, le raccourci d'écriture qui annonce en une fois, au début de chaque ligne de la portée, quelles notes seront systématiquement jouées dièse ou bémol dans tout le morceau. Sans ce raccourci, il faudrait répéter la même altération à chaque mesure où la note concernée apparaît : une chanson de deux cents mesures en Ré majeur, qui ne compte que deux altérations à l'armure, Fa dièse et Do dièse, peut faire intervenir ces deux notes des dizaines de fois sur toute sa durée, autant d'endroits où un dièse écrit à la main devrait être redessiné sans l'armure.

Le piège classique consiste à croire que l'armure dit tout de la tonalité. En réalité, une armure à deux dièses ne précise ni si le morceau est en Ré majeur ni s'il est en Si mineur : ces deux tonalités partagent exactement la même armure, et rien dans le nombre de dièses ne permet de trancher entre les deux. Elle ne garantit pas non plus qu'aucune autre altération n'apparaîtra dans la partition : des dièses ou des bémols ponctuels, dits accidentels, peuvent très bien surgir au fil des mesures, pour une modulation passagère ou une couleur harmonique particulière, sans que l'armure change pour autant. Ce que l'armure garantit, en revanche, c'est une lecture à vue plus rapide : en la voyant, un instrumentiste sait par avance quelles notes lire comme altérées avant même de tomber dessus, sans avoir à réagir mesure après mesure.

Lire une armure sur la portée : où se placent les dièses et les bémols

Sur la portée, l'armure se place toujours au même endroit : juste après la clé, et juste avant le chiffrage de la mesure. Elle n'apparaît pas qu'une seule fois en début de morceau : elle se répète au début de chaque nouvelle ligne, tout au long de la partition, précisément parce qu'un musicien doit pouvoir se repérer même s'il commence sa lecture au milieu d'une page. Si la tonalité change en cours de morceau, la nouvelle armure est généralement annoncée deux fois, une fois à la fin de la ligne qui se termine et une fois au début de la suivante, pour que le changement ne passe pas inaperçu.

Ce qui reste constant d'un instrument à l'autre, c'est l'ordre des dièses ou des bémols : il ne varie jamais, quelle que soit la clé utilisée. Ce qui change, en revanche, c'est leur position verticale sur la portée. En clé de sol, la première armure en dièse, le Fa dièse, se dessine sur la ligne la plus haute de la portée ; en clé de fa, ce même Fa dièse se dessine sur la deuxième ligne en partant du haut. Un pianiste qui lit simultanément une portée en clé de sol pour la main droite et une portée en clé de fa pour la main gauche voit donc la même armure dessinée à deux hauteurs différentes sur la page, ce qui peut dérouter en début d'apprentissage, avant que l'œil ne s'habitue à repérer la forme plutôt que la position exacte.

Un point qui déroute souvent les débutants : le dièse ou le bémol dessiné à un endroit précis de l'armure s'applique à toutes les octaves de cette note, du grave à l'aigu, y compris sur les lignes supplémentaires au-dessus ou en dessous de la portée, pas seulement à la hauteur exacte où le symbole est dessiné. Une armure à un seul dièse altère donc tous les Fa du morceau, qu'ils se jouent une octave plus bas ou deux octaves plus haut, même si un seul symbole de Fa dièse est physiquement dessiné sur la portée.

L'ordre des dièses et des bémols : Fa-Do-Sol-Ré-La-Mi-Si, et son exact inverse

Les dièses n'apparaissent jamais dans un ordre aléatoire : ils suivent toujours la même séquence, Fa, Do, Sol, Ré, La, Mi, Si. Une armure à un seul dièse ne porte donc jamais autre chose qu'un Fa dièse ; une armure à trois dièses porte toujours Fa dièse, Do dièse et Sol dièse, dans cet ordre précis, jamais Si dièse en premier. Les bémols suivent l'ordre exactement inverse, Si, Mi, La, Ré, Sol, Do, Fa : une armure à un bémol ne porte qu'un Si bémol, une armure à trois bémols porte Si bémol, Mi bémol et La bémol.

Cet ordre n'a rien d'arbitraire : chaque nouveau dièse ajouté se trouve exactement une quinte au-dessus du précédent, Fa vers Do, Do vers Sol, Sol vers Ré, et ainsi de suite, ce qui n'est rien d'autre que le cycle des quintes détaillé plus bas. Côté bémols, la logique est symétrique : chaque nouveau bémol se trouve une quinte en dessous du précédent, ou, ce qui revient au même, une quarte au-dessus. C'est ce lien à la quinte qui explique aussi pourquoi la mémorisation ne demande pas d'apprendre vingt-quatre listes différentes par cœur : une seule règle de construction, appliquée pas à pas, engendre la totalité des armures. Des instrumentistes anglophones s'appuient d'ailleurs souvent sur une phrase mnémotechnique bâtie sur les initiales F-C-G-D-A-E-B, réversible pour retrouver l'ordre des bémols en la lisant à l'envers ; le principe fonctionne dans n'importe quelle langue, seule la phrase change.

Le cycle des quintes : la carte qui donne toutes les armures d'un coup

Le cycle des quintes range les tonalités majeures en cercle, chacune séparée de sa voisine par une quinte juste, l'intervalle de sept demi-tons qui structure une grande partie de l'harmonie occidentale. En partant de Do, sans aucune altération, et en montant de quinte en quinte, on obtient Sol, puis Ré, puis La, puis Mi, et ainsi de suite jusqu'à revenir presque à Do, sept crans plus loin. À chaque pas vers la droite, la tonalité gagne exactement un dièse supplémentaire ; à chaque pas vers la gauche, elle gagne un bémol. Le principe n'est pas né d'un coup : un premier diagramme de ce type apparaît dès 1677 dans un traité du compositeur ukraino-russe Nikolaï Diletski, et le théoricien allemand Johann David Heinichen en publie une version indépendante en 1711 sous le nom de « cercle musical », avant de la préciser dans son traité de basse continue de 1728, la forme qui se rapproche le plus du cycle enseigné aujourd'hui. Quelques années plus tard, en 1737, un autre théoricien allemand, David Kellner, propose d'ajouter un second anneau concentrique au premier pour y loger la relative mineure de chaque tonalité majeure, une amélioration qui rapproche encore le diagramme des versions à deux couronnes qu'on trouve aujourd'hui dans la plupart des manuels.

L'intérêt pratique du cycle dépasse largement la simple carte de mémoire. Deux tonalités voisines sur le cercle ne diffèrent que d'une seule note altérée : Do majeur et Sol majeur partagent six notes sur sept, seul le Fa devient Fa dièse. C'est cette proximité qui rend les modulations vers une tonalité voisine si naturelles à l'oreille, en musique classique comme en chanson : le changement est minime, presque imperceptible au niveau des notes, alors qu'une modulation vers une tonalité éloignée sur le cercle demande de basculer d'un coup plusieurs notes.

Les quinze armures usuelles, rangées sur le cycle des quintes
Tonalité majeureRelative mineureNombre d'altérationsNotes altérées, dans l'ordre
Do♭ majeurLa♭ mineur7 bémolsSi♭ Mi♭ La♭ Ré♭ Sol♭ Do♭ Fa♭
Sol♭ majeurMi♭ mineur6 bémolsSi♭ Mi♭ La♭ Ré♭ Sol♭ Do♭
Ré♭ majeurSi♭ mineur5 bémolsSi♭ Mi♭ La♭ Ré♭ Sol♭
La♭ majeurFa mineur4 bémolsSi♭ Mi♭ La♭ Ré♭
Mi♭ majeurDo mineur3 bémolsSi♭ Mi♭ La♭
Si♭ majeurSol mineur2 bémolsSi♭ Mi♭
Fa majeurRé mineur1 bémolSi♭
Do majeurLa mineur0Aucune
Sol majeurMi mineur1 dièseFa♯
Ré majeurSi mineur2 dièsesFa♯ Do♯
La majeurFa♯ mineur3 dièsesFa♯ Do♯ Sol♯
Mi majeurDo♯ mineur4 dièsesFa♯ Do♯ Sol♯ Ré♯
Si majeurSol♯ mineur5 dièsesFa♯ Do♯ Sol♯ Ré♯ La♯
Fa♯ majeurRé♯ mineur6 dièsesFa♯ Do♯ Sol♯ Ré♯ La♯ Mi♯
Do♯ majeurLa♯ mineur7 dièsesFa♯ Do♯ Sol♯ Ré♯ La♯ Mi♯ Si♯

Le tableau part des sept bémols et va jusqu'aux sept dièses, en passant par Do majeur au centre, sans altération : c'est la totalité des armures couramment utilisées en musique tonale occidentale, chacune avec sa relative mineure. Au-delà de sept altérations dans un sens ou dans l'autre, il faudrait recourir à des doubles dièses ou doubles bémols théoriques, une complexité que la pratique évite presque toujours en choisissant l'écriture enharmonique la plus simple, ce qui est justement le sujet de la section suivante.

La relative mineure, en bref

Chaque armure du tableau ci-dessus est en réalité partagée par deux tonalités, une majeure et sa relative mineure : Do majeur et La mineur n'ont, par exemple, strictement aucune altération à eux deux, exactement les mêmes sept notes, seul le point de repos change. C'est pour cette raison que le tableau du cycle des quintes fait apparaître une colonne « relative mineure » à côté de chaque tonalité majeure : connaître l'armure ne suffit jamais à trancher entre les deux, puisqu'elle est rigoureusement identique des deux côtés. Le guide « Les gammes majeures et mineures pour bien débuter » du Music Hub explique en détail comment se calcule cette relative mineure, pourquoi elle partage exactement le même jeu de notes, et comment la retrouver pas à pas à partir de n'importe quelle tonalité majeure ; il n'y a pas besoin de répéter ce calcul ici pour comprendre le fonctionnement d'une armure.

Déduire la tonalité à partir d'une armure donnée : la méthode pas à pas

Face à une armure inconnue, deux raccourcis mécaniques donnent le nom de la tonalité majeure presque instantanément, sans avoir à repasser par tout le cycle des quintes. Côté dièses, la règle est de repérer le tout dernier dièse à droite de l'armure et de monter d'un demi-ton : avec trois dièses, Fa dièse, Do dièse, Sol dièse, le dernier est Sol dièse, un demi-ton au-dessus donne La, donc La majeur. Côté bémols, la règle change légèrement : à partir de deux bémols, l'avant-dernier bémol donne directement le nom de la tonalité majeure. Avec quatre bémols, Si bémol, Mi bémol, La bémol, Ré bémol, l'avant-dernier est La bémol, donc La bémol majeur. Le cas d'un seul bémol échappe à cette règle, faute d'avant-dernier : une armure à un seul bémol est toujours Fa majeur, une exception à retenir isolément.

Ces deux raccourcis donnent uniquement le nom de la tonalité majeure, jamais directement celui de sa relative mineure, et surtout jamais la confirmation que le morceau est réellement en majeur : l'armure reste rigoureusement identique pour les deux. Pour trancher, il faut regarder au-delà de l'armure elle-même. Le réflexe le plus fiable reste d'écouter la tonique, la note sur laquelle la musique se pose vraiment, très souvent celle du tout dernier accord. Un second indice, propre à la tonalité mineure, se niche dans les altérations accidentelles de la partition elle-même : une pièce en mineur affiche presque toujours, ponctuellement et hors armure, la sensible de sa gamme harmonique, un dièse ajouté sur le septième degré qui n'apparaît nulle part dans l'armure de base. Voir ce genre de dièse surgir régulièrement au fil des mesures, sans jamais être annoncé à la clé, est un signal presque sûr que la tonalité réelle est la relative mineure et non la majeure du même nombre d'altérations.

Tonalités enharmoniques : deux noms, un seul son

Sur un piano, la touche noire entre Fa et Sol correspond à la fois à Fa dièse et à Sol bémol : deux noms différents, une seule touche, une seule hauteur de son. Cette équivalence, dite enharmonique, ne s'arrête pas à une seule note isolée : elle s'étend à des tonalités entières. Fa dièse majeur et Sol bémol majeur utilisent exactement les mêmes touches de piano du début à la fin, mais s'écrivent avec des armures complètement différentes, l'une en dièses, l'autre en bémols.

Le nombre d'altérations de deux tonalités enharmoniques obéit à une règle arithmétique simple : dièses d'un côté plus bémols de l'autre égalent toujours douze. Fa dièse majeur, six dièses, et Sol bémol majeur, six bémols, tombent exactement au milieu, à égalité parfaite. Plus on s'éloigne de ce point central, plus l'équilibre penche d'un côté : Do dièse majeur compte sept dièses quand sa jumelle Ré bémol majeur n'en compte que cinq bémols, et Si majeur ne porte que cinq dièses quand sa jumelle Do bémol majeur en réclame sept.

Tonalités enharmoniques : même son, deux écritures
Tonalité en dièsesNombre de dièsesTonalité en bémols équivalenteNombre de bémols
Fa♯ majeur6Sol♭ majeur6
Si majeur5Do♭ majeur7
Do♯ majeur7Ré♭ majeur5

Dans les faits, quand l'écart est net, les musiciens choisissent presque toujours l'écriture la plus légère à lire : Ré bémol majeur, cinq bémols, remplace Do dièse majeur, sept dièses, dans l'immense majorité des partitions, et Si majeur, cinq dièses, l'emporte de la même façon sur Do bémol majeur, sept bémols. Poussé à l'extrême, le calcul devient vite absurde dans un sens : une tonalité de Sol dièse majeur réclamerait huit dièses, avec un Fa doublement dièse en prime, alors que son équivalent enharmonique, La bémol majeur, s'écrit proprement avec seulement quatre bémols ; personne n'écrit donc jamais en Sol dièse majeur en pratique, malgré son existence théorique parfaitement valide.

Cette liberté de choisir l'armure la plus lisible n'a rien d'évident historiquement : avant la généralisation des tempéraments dits « bien tempérés » au XVIIIe siècle, un clavier accordé selon le tempérament mésotonique, alors la norme, ne sonnait juste que dans cinq ou six tonalités voisines de Do, et les tonalités éloignées comme Do dièse majeur y sonnaient franchement fausses. C'est précisément pour démontrer qu'un même clavier pouvait sonner juste dans les vingt-quatre tonalités, y compris les plus reculées sur le cycle des quintes, que Jean-Sébastien Bach compose en 1722 son Clavier bien tempéré, un recueil de vingt-quatre préludes et fugues parcourant chromatiquement chaque tonalité majeure et mineure l'une après l'autre : la première démonstration aboutie qu'aucune armure, aussi chargée soit-elle, n'était plus un problème technique une fois l'accordage repensé.

Une histoire courte de la notation par armure

Avant l'émergence du système tonal majeur-mineur, la musique modale de la Renaissance n'utilisait pas d'armure au sens moderne du terme. Certaines voix d'une pièce polyphonique portaient bien un ou deux bémols à la clé, une pratique que les musicologues appellent aujourd'hui armure partielle, mais elle ne couvrait presque jamais l'ensemble des altérations réellement utilisées : le reste s'écrivait au coup par coup, altération par altération, à l'endroit précis où elle survenait dans la partition. Ce n'est qu'avec la généralisation progressive du système majeur-mineur, au fil du XVIIe siècle, que l'idée d'annoncer une fois pour toutes, en tête de portée, la totalité des altérations d'une tonalité s'impose comme convention d'écriture.

La transition ne s'est pas faite d'un bloc du jour au lendemain. Au tout début de la période baroque, une tonalité mineure en bémols s'écrivait souvent avec une armure comptant un bémol de moins que ce qu'on écrirait aujourd'hui : une pièce en Sol mineur, par exemple, pouvait porter un seul bémol à la clé, quand la convention moderne en réclame deux, le bémol manquant étant alors ajouté au coup par coup dans la partition, hérité tout droit de l'ancienne logique de l'armure partielle. Cette variabilité s'est progressivement resserrée à mesure que le siècle avançait, jusqu'à converger vers la convention encore en usage aujourd'hui, celle qui inscrit à la clé la totalité des sept degrés altérés d'une tonalité, sans exception ni omission. Le Clavier bien tempéré de Bach, en 1722, arrive à un moment où cette convention est déjà largement fixée : c'est justement ce qui lui permet de dérouler sans détour les vingt-quatre armures possibles, des plus vides aux plus chargées, comme un répertoire complet plutôt que comme une curiosité isolée.

Cette convention, une fois fixée, n'a plus vraiment bougé depuis trois siècles : les logiciels de notation musicale actuels, qui dessinent automatiquement l'armure dès qu'on choisit une tonalité, appliquent exactement le même ordre de dièses et de bémols que celui théorisé à l'époque baroque, Fa-Do-Sol-Ré-La-Mi-Si et son inverse. Ce qui a changé, ce n'est pas la règle elle-même, mais la facilité d'accès : ce qui demandait autrefois des années de pratique du solfège tient aujourd'hui dans un simple menu déroulant, la logique sous-jacente restant rigoureusement celle mise au point entre Heinichen et Bach.

Astuces de lecture à vue pour l'instrumentiste

Pour un débutant, décoder une armure demande souvent de repasser mentalement toute la liste des dièses ou des bémols dans l'ordre, un par un, jusqu'à celui qui compte. Un musicien expérimenté saute directement cette étape : à force de pratique, la forme même de l'armure, deux dièses collés en haut de la portée, quatre bémols en escalier, devient une image reconnue d'un coup d'œil, associée directement au nom de la tonalité sans repasser par le comptage. Cette reconnaissance de forme s'acquiert par la répétition, tonalité après tonalité, plutôt que par un raccourci magique : mieux vaut donc s'entraîner activement sur les armures les plus fréquentes, zéro, un et deux dièses ou bémols, avant de viser les plus chargées.

Autre bonne nouvelle pour qui débute : la grande majorité du répertoire populaire, folk et chanson se concentre sur une poignée d'armures parmi les plus simples, de zéro à trois dièses ou bémols ; s'entraîner en priorité sur celles-là couvre déjà l'essentiel de ce qu'un instrumentiste croisera en pratique, bien avant les tonalités à cinq ou six altérations, plus rares hors du jazz et de la musique classique.

Avant même de jouer la première note d'un morceau nouveau, le réflexe utile est de balayer l'armure et de se demander concrètement quelles notes seront concernées sur son propre instrument : un guitariste pense en cases de manche, un pianiste en touches noires, un saxophoniste en doigtés. Ce court instant de préparation évite la hausse ou la baisse ratée d'une note en plein milieu d'un passage rapide, l'erreur de lecture à vue la plus commune, largement plus fréquente qu'une erreur de rythme.

Pour les instruments transpositeurs, la vigilance redouble : un saxophoniste alto ou un clarinettiste ne lit jamais l'armure de la tonalité réellement entendue, mais celle de la tonalité écrite pour son instrument, généralement différente de plusieurs dièses ou bémols. Le guide « Transposition saxophone Bb/Eb » du Music Hub détaille ce mécanisme pour les instruments en Sib et en Mib. Un guitariste qui pose un capodastre change lui aussi la tonalité réellement sonnante sans changer une seule des cases qu'il joue ni l'armure qu'il lit sur sa grille : deux repères à ne jamais confondre, celui de la main et celui de l'oreille.

Pièges classiques à éviter

PiègeConfondre l'armure, fixe pour tout le morceau, avec une altération accidentelle, locale et ponctuelle.

Pourquoi — Les deux utilisent le même symbole, un dièse ou un bémol, ce qui entretient la confusion. Mais l'armure, placée une fois en tête de chaque ligne, s'applique à toute la pièce et à toutes les octaves d'une note donnée, alors qu'une altération accidentelle, écrite directement devant une note dans la portée, ne vaut que pour cette mesure précise, voire seulement pour cette occurrence.

La bonne pratique : Vérifie toujours où se trouve le symbole : en tête de ligne, juste après la clé, c'est l'armure et elle dure tout le morceau ; collé contre une note au milieu d'une mesure, c'est un accident qui ne dure que le temps de cette mesure.

PiègeCroire qu'une armure vide, sans dièse ni bémol, signifie automatiquement que le morceau est en Do majeur.

Pourquoi — Une armure vide est rigoureusement identique pour Do majeur et pour La mineur, sa relative, et rien dans l'armure elle-même ne permet de choisir entre les deux. Une armure vide n'empêche pas non plus des altérations accidentelles nombreuses si le morceau module ou emprunte des notes chromatiques en cours de route.

La bonne pratique : Écoute la tonique réelle du morceau, en général le tout dernier accord, avant de conclure. Une armure vide qui se termine sur un accord de La mineur signale une tonalité mineure malgré l'absence totale de dièse ou de bémol à la clé.

PiègePenser que le dièse ou le bémol de l'armure ne s'applique qu'à la hauteur précise où il est dessiné sur la portée.

Pourquoi — Le symbole n'est dessiné qu'une seule fois par nom de note, mais il vaut pour absolument toutes les octaves de cette note dans le morceau, dans le grave comme dans l'aigu, y compris sur les lignes supplémentaires. Ignorer cette règle fait jouer une note naturelle là où elle devrait rester altérée, dès qu'elle change d'octave.

La bonne pratique : Traite chaque symbole de l'armure comme une règle valable pour le nom de note entier, pas pour une position précise sur la portée : un Fa dièse à l'armure altère tous les Fa du morceau, sans exception d'octave.

PiègeCroire que les dièses et les bémols apparaissent dans le même ordre dans une armure.

Pourquoi — Les dièses suivent l'ordre Fa, Do, Sol, Ré, La, Mi, Si, alors que les bémols suivent l'ordre exactement inverse, Si, Mi, La, Ré, Sol, Do, Fa. Appliquer l'ordre des dièses pour lire une armure en bémols, ou l'inverse, fait deviner de mauvaises notes altérées.

La bonne pratique : Mémorise les deux ordres séparément, ou retiens simplement qu'ils sont le miroir exact l'un de l'autre : si tu connais l'ordre des dièses par cœur, lis-le à l'envers pour retrouver celui des bémols.

PiègeAppliquer la règle du dernier dièse plus un demi-ton, ou celle de l'avant-dernier bémol, et s'arrêter là sans vérifier si le morceau n'est pas plutôt dans la relative mineure.

Pourquoi — Ces deux raccourcis donnent uniquement le nom de la tonalité majeure correspondant à une armure donnée ; ils ne disent jamais si le morceau est réellement dans cette tonalité majeure ou dans sa relative mineure, puisque l'armure ne permet pas de trancher entre les deux.

La bonne pratique : Utilise ces raccourcis pour identifier rapidement la paire de tonalités possibles, puis confirme laquelle des deux est la bonne en écoutant la tonique réelle ou en repérant la sensible accidentelle typique de la mineure harmonique.

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Questions fréquentes

Quelle est la différence entre une tonalité et une armure ?

Une tonalité est un ensemble de sept notes organisées autour d'une tonique, la note de repos du morceau ; elle peut être majeure ou mineure. L'armure n'est qu'un outil graphique : le groupe de dièses ou de bémols placé en tête de chaque ligne de la portée pour annoncer une fois pour toutes quelles notes sont altérées dans tout le morceau. Une même armure est d'ailleurs toujours partagée par deux tonalités, une majeure et sa relative mineure.

Dans quel ordre apparaissent les dièses, puis les bémols, dans une armure ?

Les dièses apparaissent toujours dans l'ordre Fa, Do, Sol, Ré, La, Mi, Si. Les bémols suivent l'ordre exactement inverse, Si, Mi, La, Ré, Sol, Do, Fa. Cet ordre n'est pas arbitraire : chaque nouveau dièse se trouve une quinte au-dessus du précédent, exactement la logique du cycle des quintes.

Comment retrouver le nom d'une tonalité majeure à partir de son armure ?

Pour une armure en dièses, monte d'un demi-ton au-dessus du tout dernier dièse : avec trois dièses, le dernier est Sol dièse, un demi-ton plus haut donne La majeur. Pour une armure d'au moins deux bémols, le nom de la tonalité est directement l'avant-dernier bémol. Avec un seul bémol, c'est toujours Fa majeur, une exception à connaître par cœur.

Qu'est-ce que le cycle des quintes ?

C'est un diagramme circulaire qui range les douze tonalités majeures par quintes successives, en partant de Do : chaque pas vers la droite ajoute un dièse, chaque pas vers la gauche ajoute un bémol. Il sert à retrouver ou mémoriser l'armure de n'importe quelle tonalité sans avoir à apprendre chacune par cœur séparément.

Que sont deux tonalités enharmoniques, comme Fa dièse majeur et Sol bémol majeur ?

Ce sont deux tonalités qui sonnent exactement pareil, utilisent les mêmes touches sur un clavier, mais s'écrivent avec des noms de notes et des armures différentes, l'une en dièses, l'autre en bémols. Les musiciens choisissent en général l'écriture qui compte le moins d'altérations, la plus simple à lire.

Une armure sans aucun dièse ni bémol signifie-t-elle que le morceau est en Do majeur ?

Pas forcément : une armure vide correspond aussi bien à Do majeur qu'à La mineur, sa relative, qui partage exactement la même armure. Il faut écouter la tonique réelle, souvent le dernier accord du morceau, pour trancher entre les deux.