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Le cycle des quintes : un outil pratique, pas juste une carte des armures
Le cycle des quintes comme outil de travail, pas comme carte à apprendre par cœur
Le guide « Comprendre les tonalités et l'armure » du Music Hub retrace en détail la construction du cycle des quintes, son histoire depuis les traités de Diletski et Heinichen jusqu'à l'ajout de l'anneau des relatives mineures par David Kellner en 1737, et la logique qui range les vingt-quatre tonalités en fonction de leur nombre d'altérations. Ce guide-ci part du principe que cette carte est déjà connue, ou consultable en un clic dans l'autre guide, et s'attaque à une question différente : une fois le diagramme sous les yeux, à quoi sert-il vraiment sur le terrain, pendant qu'on joue, qu'on lit une partition ou qu'on monte une grille d'accords ?
La réponse tient en quatre usages concrets, qu'un instrumentiste ou un arrangeur mobilise en pratique bien plus souvent que la simple mémorisation d'une armure. Le premier consiste à lire n'importe quelle armure en une seconde ou deux, sans repasser mentalement par l'ordre complet des dièses ou des bémols. Le deuxième exploite l'anneau intérieur du diagramme, celui des relatives mineures, pour lever instantanément l'ambiguïté entre une tonalité majeure et sa relative. Le troisième sert à repérer, en un coup d'œil, les accords qui « vont ensemble » harmoniquement autour d'une tonique donnée, un outil précieux pour composer ou improviser. Le quatrième, enfin, explique un phénomène qu'on croise dans une grille sur trois, en pop comme en jazz : pourquoi tant d'enchaînements d'accords empruntent précisément le tracé du cycle, quinte après quinte, plutôt qu'un chemin harmonique quelconque. C'est ce terrain-là, l'usage plutôt que la théorie pure, que couvre le reste de ce guide.
Lire une armure en un coup d'œil : le raccourci visuel du cycle
Face à une armure inconnue sur une partition, la méthode la plus lente consiste à recompter, dièse par dièse ou bémol par bémol, en récitant tout l'ordre Fa-Do-Sol-Ré-La-Mi-Si jusqu'à celui qui compte réellement. Le cycle des quintes permet de sauter cette étape : chaque tonalité occupe une position fixe sur le cercle, et cette position seule donne directement le nombre d'altérations, sans qu'il soit besoin de dérouler l'ordre complet à chaque fois.
Le principe tient en une phrase : chaque pas dans le sens horaire depuis Do ajoute exactement un dièse, chaque pas dans le sens antihoraire ajoute exactement un bémol, et le nombre de pas parcourus est directement le nombre d'altérations à l'armure. Une tonalité placée trois cases après Do dans le sens horaire, Do puis Sol puis Ré puis La, porte donc mécaniquement trois dièses, sans qu'il soit nécessaire de se souvenir lesquels précisément avant de les lire sur la portée. C'est un simple calcul de distance sur un cercle, pas une liste à retenir.
| Sens depuis Do | Nombre de pas | Tonalité majeure obtenue | Nombre d'altérations |
|---|---|---|---|
| Antihoraire | 4 | La♭ majeur | 4 bémols |
| Antihoraire | 3 | Mi♭ majeur | 3 bémols |
| Antihoraire | 2 | Si♭ majeur | 2 bémols |
| Antihoraire | 1 | Fa majeur | 1 bémol |
| Point de départ | 0 | Do majeur | Aucune |
| Horaire | 1 | Sol majeur | 1 dièse |
| Horaire | 2 | Ré majeur | 2 dièses |
| Horaire | 3 | La majeur | 3 dièses |
| Horaire | 4 | Mi majeur | 4 dièses |
Ce raccourci change concrètement la vitesse de lecture à vue. Un instrumentiste qui a mémorisé la position de sa tonalité de prédilection sur le cercle, disons Mi bémol majeur pour un saxophoniste alto ou Ré majeur pour un guitariste, n'a même plus besoin de regarder l'armure sur la portée pour savoir combien d'altérations l'attendent : la position seule suffit, l'œil confirme ensuite juste la couleur, dièse ou bémol, jamais le compte. Ce réflexe se muscle exactement de la même façon qu'on apprend une carte routière : à force de faire le même trajet, la distance entre deux points cesse d'être un calcul et devient une évidence immédiate.
L'anneau intérieur : les relatives mineures à portée d'œil
Sur la plupart des diagrammes imprimés, un second cercle plus petit s'inscrit à l'intérieur du premier, une case en léger décalage par rapport à chaque tonalité majeure de l'anneau extérieur. Cet anneau intérieur affiche la relative mineure de chaque tonalité majeure, celle qui partage rigoureusement la même armure. Le guide sur les tonalités et l'armure explique en détail pourquoi ces deux tonalités, une majeure et une mineure, partagent exactement les mêmes sept notes ; ce qui intéresse ce guide-ci, c'est l'usage très concret de cet anneau une fois qu'on l'a sous les yeux.
Le premier usage tient en un geste : face à une armure donnée, il suffit de repérer sa position sur l'anneau extérieur et de lire, juste à côté sur l'anneau intérieur, le nom de la relative mineure correspondante, sans le moindre calcul de tierce mineure à effectuer. C'est un gain de temps réel par rapport à la méthode qui consiste à descendre de trois demi-tons à la main depuis la tonique majeure à chaque fois.
Le second usage, plus subtil, sert à lever l'ambiguïté qui plane sur toute armure : une armure donnée ne dit jamais, à elle seule, si le morceau est en majeur ou dans sa relative mineure. L'anneau intérieur donne instantanément les deux candidats possibles, côte à côte, prêts à être départagés à l'oreille en écoutant simplement la tonique réelle du morceau. Plutôt que de partir d'une seule hypothèse et de la vérifier, on part directement des deux noms venus du cercle, ce qui évite de chercher au hasard une tonalité mineure qu'on n'aurait pas immédiatement identifiée.
Le troisième usage sert la composition et l'improvisation plus que la simple lecture : une tonalité mineure et sa relative majeure, étant voisines sur l'anneau intérieur comme sur l'anneau extérieur, empruntent aisément les accords l'une de l'autre. Un morceau qui commence en La mineur et bascule sur un passage en Do majeur ne change en réalité aucune altération à l'armure ; l'anneau intérieur rend ce genre de va-et-vient visible d'un seul regard, avant même d'avoir joué la moindre note, ce qui explique pourquoi tant de morceaux glissent d'une couleur à l'autre sans qu'on sente de rupture harmonique franche.
Trouver les accords voisins d'une tonalité : la fenêtre de trois cases
Au-delà de la lecture d'armure, le cycle des quintes rend un service tout aussi concret à qui cherche des accords qui « vont ensemble », c'est-à-dire des accords qui appartiennent à la même tonalité et s'enchaînent naturellement sans sonner comme un emprunt extérieur. La méthode consiste à isoler une fenêtre de trois cases consécutives sur l'anneau extérieur, centrée sur la tonique du morceau.
Prenons Do majeur comme tonique, au centre de cette fenêtre. La case immédiatement à sa gauche, dans le sens antihoraire, donne Fa, le quatrième degré de la tonalité, l'accord de sous-dominante. La case immédiatement à sa droite, dans le sens horaire, donne Sol, le cinquième degré, l'accord de dominante. Ces trois cases à elles seules, Fa, Do, Sol, forment déjà le tiercé d'accords majeurs le plus employé de toute la musique populaire, la progression I-IV-V, directement lisible comme trois cases voisines sur le cercle plutôt que comme un calcul de degrés séparé.
L'anneau intérieur des relatives mineures étend cette fenêtre à six accords, sans qu'il soit besoin d'en chercher un septième ailleurs sur le cercle. En face de Fa se trouve Ré mineur, le deuxième degré de Do majeur ; en face de Do lui-même, La mineur, le sixième degré et sa propre relative ; en face de Sol, Mi mineur, le troisième degré. Ces trois accords mineurs, alignés sous les trois accords majeurs de la fenêtre, complètent la quasi-totalité des accords diatoniques de la tonalité, à l'exception du septième degré, un accord diminué que le cercle ne représente pas directement.
| Tonalité (tonique, I) | Sous-dominante (IV, voisin antihoraire) | Dominante (V, voisin horaire) | Relative mineure (vi, anneau intérieur) |
|---|---|---|---|
| Do majeur | Fa majeur | Sol majeur | La mineur |
| Sol majeur | Do majeur | Ré majeur | Mi mineur |
| Ré majeur | Sol majeur | La majeur | Si mineur |
| Fa majeur | Si♭ majeur | Do majeur | Ré mineur |
| La majeur | Ré majeur | Mi majeur | Fa♯ mineur |
| Mi♭ majeur | La♭ majeur | Si♭ majeur | Do mineur |
Ce repérage fonctionne à l'identique pour n'importe quelle tonalité, en déplaçant la fenêtre jusqu'à centrer la tonique voulue. Pour un compositeur qui cherche un accord de passage, qui « sonne juste » sans sortir de la tonalité, cette fenêtre offre un réflexe bien plus rapide que de dérouler mentalement les sept degrés d'une gamme un par un. Elle sert aussi à choisir une tonalité voisine vers laquelle moduler en douceur : deux tonalités adjacentes sur le cercle ne diffèrent que d'une seule note altérée, ce qui rend le passage presque imperceptible à l'oreille.
Transposer par rotation plutôt que par calcul : le cycle comme gabarit mobile
Le guide « Transposer une chanson » du Music Hub détaille la méthode de calcul complète, demi-ton par demi-ton, pour transposer n'importe quelle grille, avec le tableau de l'échelle chromatique et les cases de capo correspondantes ; il n'y a pas besoin de la reprendre ici. Le cycle des quintes offre une manière différente d'arriver au même résultat, plus visuelle que calculatoire, particulièrement utile quand la grille entière repose sur des accords voisins plutôt que sur une suite complexe.
Le principe consiste à placer mentalement, ou sur un support imprimé, les accords d'une grille sur leurs cases respectives du cycle, puis à faire pivoter ce motif tout entier d'un même nombre de cases, dans la même direction, pour obtenir la grille transposée. Une progression qui utilise trois accords voisins sur le cercle, par exemple une tonique, sa sous-dominante et sa dominante, conserve exactement la même forme géométrique une fois pivotée : ce sont les trois mêmes écarts entre les cases, seulement décalés en bloc vers une autre portion du cercle. Nul besoin de recalculer un intervalle en demi-tons par accord : la forme du motif sur le cercle fait tout le travail, un peu comme on ferait glisser un gabarit en plastique sur une carte plutôt que de recalculer chaque coordonnée une par une.
Cette approche par rotation devient particulièrement rapide pour transposer vers une tonalité voisine, un ou deux crans plus loin sur le cercle : la nouvelle grille ne change alors qu'une ou deux notes par rapport à l'ancienne, un résultat qu'on peut anticiper avant même d'avoir fini de la réécrire, simplement en comptant le nombre de cases parcourues. Elle perd en revanche de son avantage dès que la grille sort des accords strictement voisins sur le cercle, par exemple avec des emprunts chromatiques ou des substitutions ; dans ce cas, la méthode de calcul en demi-tons détaillée dans le guide sur la transposition reste la plus fiable, puisqu'elle s'applique identiquement à n'importe quel accord, voisin sur le cercle ou non.
Pourquoi tant de progressions avancent en cycle de quintes : la quinte descendante, mouvement de basse le plus fort
Ouvrir une grille d'accords au hasard, en pop comme en jazz, et il y a de bonnes chances d'y croiser des fondamentales qui s'enchaînent par quintes descendantes, ou, ce qui revient exactement au même à l'oreille, par quartes ascendantes. Ce n'est pas un hasard statistique : le mouvement de basse par quinte descendante est considéré comme le plus fort de toute l'harmonie tonale occidentale, celui qui donne la sensation de résolution la plus nette d'un accord au suivant.
Cette force n'est pas qu'une convention d'école, elle a une assise acoustique. Dans la série des harmoniques naturels qui accompagne toute note produite par un instrument, le troisième harmonique sonne une douzième au-dessus de la fondamentale, c'est-à-dire une quinte une fois ramené à l'octave : la relation entre une note et sa quinte est donc, d'une certaine façon, déjà présente à l'intérieur du son d'une seule note, avant même qu'un deuxième accord n'entre en jeu. C'est cette parenté acoustique qui explique pourquoi l'oreille perçoit un mouvement par quinte comme particulièrement naturel et concluant, bien plus qu'un mouvement par seconde ou par tierce.
Le cycle des quintes rend ce mouvement immédiatement lisible : suivre le cercle dans le sens antihoraire, d'une case à la suivante, revient à égrener une chaîne ininterrompue de quintes descendantes. La cadence ii-V-I, disséquée en détail dans un autre guide du Music Hub sous l'angle de sa construction en degrés et de sa conduite des voix, n'est jamais qu'un fragment de trois cases consécutives parcouru dans ce sens précis, deux pas d'affilée avant de se poser sur la tonique. Vu depuis le cycle plutôt que depuis la théorie des degrés, ce même enchaînement se lit comme un simple déplacement géométrique plutôt que comme une suite de trois accords aux fonctions distinctes.
Un enchaînement plus long, connu sous le nom de « circle progression » dans la littérature anglophone, en tire directement son nom : vi-ii-V-I parcourt lui aussi le cycle, un cran après l'autre, avant de refermer la boucle sur la tonique. Cette appellation n'est pas un hasard de vocabulaire : la progression est littéralement nommée d'après le tracé qu'elle suit sur le diagramme, preuve que le cycle des quintes n'est pas qu'un outil de classification des armures, mais bien la carte du mouvement harmonique lui-même.
Les dominantes secondaires : enchaîner les sauts de quinte les uns après les autres
Une dominante secondaire est un accord de dominante emprunté à une tonalité voisine, utilisé ponctuellement pour renforcer l'arrivée sur un accord qui n'est pas la tonique du morceau. La plus courante, souvent notée V de V, désigne la dominante de la dominante : en Do majeur, la dominante est Sol, et la dominante de Sol est Ré ; un accord de Ré majeur ou Ré 7 inséré juste avant le Sol attendu, alors que la tonalité de base reste Do majeur, joue ce rôle de dominante secondaire.
Le cycle des quintes rend ce mécanisme immédiat à repérer sans calcul : la dominante secondaire d'un accord donné se trouve toujours exactement une case dans le sens horaire par rapport à l'accord qu'elle vise, et elle s'y résout en se déplaçant d'une case dans le sens antihoraire, la direction habituelle de la résolution par quinte descendante. Chercher une dominante secondaire revient donc à regarder la case immédiatement voisine dans le sens horaire de la cible visée, jamais ailleurs sur le cercle.
Ce mécanisme se prête à l'enchaînement : rien n'empêche de faire précéder une dominante secondaire d'une autre, qui devient alors la dominante de la dominante, et ainsi de suite, en remontant le cercle avant de redescendre jusqu'à la tonique. Une chaîne de ce type, en Do majeur, peut enchaîner Mi 7, La 7, Ré 7, Sol 7, avant de se poser sur Do, chaque accord agissant comme la dominante du suivant, quatre sauts de quinte descendante d'affilée avant l'arrivée. Ce genre de chaîne, particulièrement courant dans le ragtime et dans les grilles de jazz les plus anciennes, illustre à quel point le cycle peut structurer une grille entière, pas seulement trois ou quatre accords isolés.
| Étape | Accord joué | Fonction | Cible (une quinte plus bas) |
|---|---|---|---|
| 1 | Mi 7 (E7) | Dominante secondaire de La mineur (V7/vi) | La mineur |
| 2 | La 7 (A7) | Dominante secondaire de Ré mineur (V7/ii) | Ré mineur |
| 3 | Ré 7 (D7) | Dominante secondaire de Sol majeur (V7/V) | Sol majeur |
| 4 | Sol 7 (G7) | Dominante de la tonalité (V7) | Do majeur |
Repérer une chaîne de dominantes secondaires dans une grille déjà écrite devient, une fois ce principe connu, un jeu de reconnaissance de forme plutôt qu'une analyse harmonique lourde : dès qu'une suite d'accords de dominante s'enchaîne par quintes descendantes successives, sans jamais dévier, il y a de fortes chances que la grille entière soit construite sur exactement ce principe, hérité directement du tracé du cycle.
Le cycle des quintes en pédagogie et en composition aujourd'hui
Le cycle des quintes occupe une place particulière dans l'enseignement moderne de la théorie musicale, précisément parce qu'il transforme une masse de faits isolés, douze armures partagées chacune par une tonalité majeure et sa relative mineure, en un seul objet visuel qu'on peut parcourir du regard plutôt que réciter de mémoire. Un apprentissage qui mobilise à la fois la vue, le geste et l'écoute retient nettement mieux qu'un apprentissage purement verbal, ce qui explique la popularité du cycle dans les manuels comme dans les applications récentes.
Cet usage pédagogique ne s'arrête pas aux débutants. Dans l'enseignement plus avancé, le même diagramme sert à visualiser des mécanismes autrement abstraits sur le papier : une dominante secondaire s'y repère d'un simple coup d'œil, comme vu plus haut, et une modulation vers une tonalité voisine s'y lit directement comme un déplacement de quelques cases seulement, plutôt que comme une suite d'altérations à calculer note après note. Des étudiants en composition s'en servent couramment pour choisir vers quelle tonalité faire évoluer un morceau en cours d'écriture, en cherchant sur le cercle la case qui offre le passage le plus discret depuis la tonalité de départ.
Les logiciels de production musicale actuels ont largement repris ce même diagramme comme outil d'aide à la composition, en l'affichant directement dans leur interface pour suggérer des accords compatibles avec la tonalité du projet en cours, ou pour proposer une tonalité voisine lors d'un changement en cours de morceau. Ce qui n'était, à l'origine, qu'un support pédagogique de solfège s'est ainsi étendu à un usage résolument créatif, aussi bien pour composer que pour arranger, sans que la logique sous-jacente n'ait changé d'un iota depuis le XVIIIe siècle : seule sa forme d'accès, page imprimée ou écran interactif, a évolué.
Utiliser le cycle en pratique : sur scène, en répétition, à l'oreille
Toute cette mécanique ne vaut que si elle devient un réflexe rapide, pas un calcul qu'on refait consciemment à chaque fois. Le plus efficace consiste à garder une image mentale simplifiée du cycle, centrée sur les tonalités réellement jouées le plus souvent, plutôt qu'à essayer de mémoriser les vingt-quatre cases avec la même précision. Un guitariste qui joue surtout en Sol, Ré, La et Mi n'a besoin de connaître par cœur qu'un quart du cercle environ, celui qui entoure ces quatre tonalités et leurs voisines directes ; le reste peut rester une carte qu'on consulte au besoin, sans que cela nuise à la rapidité sur les tonalités réellement fréquentées.
En répétition, le cycle sert de raccourci de communication entre musiciens presque autant que d'outil de calcul individuel : dire « on monte d'une case » ou « la dominante secondaire du deuxième couplet » se comprend instantanément par quiconque a intégré le diagramme, sans qu'il soit besoin de nommer chaque accord un par un ou de ressortir une feuille de calcul de demi-tons. Ce langage commun accélère concrètement les ajustements de dernière minute, en particulier quand une tonalité doit changer pour la voix du chanteur du jour.
Sur scène, en improvisation, le réflexe le plus utile reste d'anticiper plutôt que de réagir : en gardant à l'esprit la position de la tonique sur le cercle, un instrumentiste peut deviner à l'avance vers quel accord une grille est susceptible de se diriger, simplement parce que la quinte descendante reste, de loin, le mouvement le plus probable d'un accord à l'autre. Cette anticipation ne remplace jamais l'écoute réelle, mais elle réduit nettement le nombre de surprises, et c'est cette vitesse de lecture qui distingue un musicien ayant intégré le cycle comme réflexe d'un autre qui le regarde encore comme une simple affiche de salle de cours.
Pièges classiques à éviter
PiègeConsidérer le cycle des quintes comme un simple aide-mémoire d'armures à ressortir une fois par examen de solfège, jamais comme un outil de travail quotidien.
Pourquoi — Réduit à un poster d'armures, le cycle perd l'essentiel de son intérêt : la lecture rapide de clé, le repérage des accords voisins, la transposition par rotation et l'anticipation des dominantes secondaires demandent tous de le consulter activement.
La bonne pratique : Garde le cycle sous les yeux pendant les séances de travail plutôt que dans un tiroir : plus il sert à des usages concrets et répétés, comme transposer ou repérer un accord voisin, plus la lecture devient un réflexe rapide plutôt qu'un souvenir de cours.
PiègeChercher les accords voisins d'une tonalité uniquement sur l'anneau extérieur des tonalités majeures, en ignorant l'anneau intérieur des relatives mineures.
Pourquoi — L'anneau extérieur seul ne donne que trois accords majeurs voisins d'une tonique, la tonique elle-même, sa sous-dominante et sa dominante. La moitié des accords diatoniques d'une tonalité, les trois accords mineurs alignés juste en face sur l'anneau intérieur, restent invisibles si on ne regarde que l'anneau du dessus.
La bonne pratique : Prends toujours les deux anneaux ensemble dans la même fenêtre de trois cases : l'extérieur donne les trois accords majeurs voisins, l'intérieur donne, juste en face, les trois accords mineurs qui complètent presque toute la palette diatonique de la tonalité.
PiègeConfondre le sens horaire, celui de la quinte ascendante et de la dominante, avec le sens antihoraire, celui de la quinte descendante et de la sous-dominante.
Pourquoi — Les deux sens du cercle ne jouent pas le même rôle harmonique : s'orienter du mauvais côté fait chercher une dominante secondaire ou une résolution là où se trouve en réalité son exact opposé, la sous-dominante, ce qui inverse complètement la tension attendue.
La bonne pratique : Fixe une bonne fois pour toutes le sens conventionnel du diagramme que tu utilises, en général horaire vers les dièses et la dominante, puis vérifie-le sur une tonalité connue avant de t'en servir pour une tonalité nouvelle.
PiègeRepérer une dominante secondaire en la cherchant du mauvais côté du cercle par rapport à l'accord qu'elle est censée viser.
Pourquoi — Une dominante secondaire se trouve toujours une case dans le sens horaire de sa cible, jamais dans le sens antihoraire : inverser la direction fait pointer vers un accord sans fonction de dominante réelle par rapport à la cible visée.
La bonne pratique : Pars toujours de l'accord cible, pas de l'accord de départ, et regarde une seule case dans le sens horaire pour trouver sa dominante secondaire ; en cas de doute, vérifie que l'accord trouvé contient bien la sensible de la cible.
PiègeCroire qu'une progression suivant mécaniquement le tracé du cycle sonnera forcément bien, quel que soit le style ou le rythme harmonique choisi.
Pourquoi — Le cycle décrit une tendance statistique très forte de l'harmonie tonale, pas une garantie esthétique automatique : une chaîne de quintes descendantes jouée sans variation de durée ni de couleur d'accord peut sonner mécanique et prévisible, surtout si elle est étirée sur de nombreuses mesures sans respiration.
La bonne pratique : Utilise le cycle pour générer des options plausibles, puis tranche à l'oreille : varie le rythme harmonique ou la densité des voix plutôt que de dérouler le cercle en boucle identique.
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Comment lire une armure en un coup d'œil grâce au cycle des quintes ?
Chaque tonalité occupe une position fixe sur le cercle, et cette position seule donne le nombre d'altérations : chaque pas dans le sens horaire depuis Do ajoute un dièse, chaque pas dans le sens antihoraire ajoute un bémol. Il suffit donc de compter le nombre de cases parcourues jusqu'à la tonalité voulue pour connaître son nombre d'altérations, sans repasser par l'ordre complet Fa-Do-Sol-Ré-La-Mi-Si à chaque fois.
À quoi sert l'anneau intérieur des relatives mineures sur le cycle des quintes ?
Il affiche, juste à côté de chaque tonalité majeure de l'anneau extérieur, sa relative mineure, celle qui partage rigoureusement la même armure. Il sert surtout à lever l'ambiguïté qu'une armure ne résout jamais seule, en donnant d'un coup les deux noms de tonalité possibles, à départager ensuite à l'oreille selon la tonique réellement entendue.
Comment le cycle des quintes aide-t-il à transposer une chanson rapidement ?
En plaçant les accords d'une grille sur leurs cases respectives du cercle, on peut faire pivoter tout le motif d'un même nombre de cases pour obtenir la grille transposée, sans recalculer chaque intervalle en demi-tons séparément. Cette méthode par rotation est surtout rapide quand la grille repose sur des accords voisins sur le cercle ; pour un calcul exact applicable à n'importe quelle grille, la méthode par demi-tons du guide dédié à la transposition reste la référence.
Comment trouver les accords qui vont ensemble avec le cycle des quintes ?
En isolant une fenêtre de trois cases consécutives sur l'anneau extérieur, centrée sur la tonique du morceau : la case de gauche donne la sous-dominante, celle de droite la dominante. L'anneau intérieur, juste en face de ces trois cases, ajoute les trois accords mineurs correspondants, ce qui couvre presque tous les accords diatoniques d'une tonalité en un seul coup d'œil.
Pourquoi tant de progressions d'accords se déplacent-elles en cycle de quintes ?
Parce que le mouvement de basse par quinte descendante est le plus fort de toute l'harmonie tonale occidentale, une force renforcée par la série des harmoniques naturels où la quinte apparaît très tôt au-dessus de la fondamentale. Suivre le cercle dans le sens antihoraire revient justement à égrener une chaîne de quintes descendantes, ce qui explique pourquoi tant d'enchaînements, de la cadence ii-V-I à la « circle progression » vi-ii-V-I, suivent littéralement ce tracé.
Qu'est-ce qu'une dominante secondaire et quel rapport avec le cycle des quintes ?
Une dominante secondaire est un accord de dominante emprunté ponctuellement à une tonalité voisine pour renforcer l'arrivée sur un accord qui n'est pas la tonique. Sur le cycle, elle se trouve toujours une case dans le sens horaire de l'accord qu'elle vise, et s'y résout en se déplaçant d'une case dans le sens antihoraire, ce qui rend son repérage immédiat une fois le principe connu.