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Le power chord à la guitare électrique : construction, formes et distorsion
La construction du power chord : fondamentale, quinte, et rien d'autre
Un power chord empile deux intervalles seulement à partir d'une note de départ, la fondamentale : la quinte juste, cinq degrés au-dessus dans la gamme, sept demi-tons en comptant chromatiquement, et parfois une octave de la fondamentale ajoutée par-dessus pour épaissir le son sans changer sa couleur. Sur le manche, cela s'écrit souvent 1-5-8 ou 1-5, selon qu'on ajoute ou non cette octave. Un E5, par exemple, empile Mi et Si, la quinte de Mi ; en version à trois notes, un second Mi s'ajoute une octave plus haut. La notation elle-même le dit sans détour : le chiffre 5 accolé au nom de la note, E5, A5, C5, indique qu'il s'agit uniquement de la fondamentale et de sa quinte, sans préciser de nature majeure ou mineure puisqu'il n'y en a pas. Dans les grammaires d'accords plus savantes, on croise aussi la mention « (no3) » ou le terme « indéterminé », deux façons différentes de dire exactement la même chose : cet accord ne tranche pas.
La version à deux notes se joue le plus souvent sur deux cordes voisines, la fondamentale et la quinte l'une au-dessus de l'autre. La version à trois notes ajoute l'octave sur la corde suivante, à la même case que la quinte : c'est la forme la plus courante en rock et en metal, parce que l'octave renforce les harmoniques aiguës de la fondamentale sans introduire aucune note nouvelle, ce qui aide le son à percer dans un mix chargé sans épaissir la confusion harmonique. Rien dans cette construction n'est arbitraire : chaque note ajoutée double une relation déjà présente, elle n'en crée jamais une nouvelle.
La forme elle-même n'a rien de neuf. Une trace écrite ancienne d'un accord construit uniquement sur la fondamentale et la quinte, sans tierce, se trouve dans les Préludes pour guitare du compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos, composés vers 1940 : un usage savant, écrit pour un instrument encore acoustique, bien antérieur à l'appellation « power chord ». Le terme anglais lui-même, curieusement, est resté absent des dictionnaires jusqu'à une date étonnamment tardive : sa première attestation écrite connue, selon le dictionnaire Merriam-Webster, ne remonte qu'à 1977, alors que la forme elle-même se jouait déjà sur des disques de blues électrique et de rock'n'roll depuis le tout début des années 1950. Le nom a mis vingt-cinq ans à rattraper le geste.
Ni majeur ni mineur : ce que l'absence de tierce permet
Dans n'importe quel accord à trois notes, c'est la tierce, la deuxième note empilée sur la fondamentale, qui tranche entre majeur et mineur. Une tierce majeure, quatre demi-tons au-dessus de la fondamentale, donne un accord perçu comme ouvert, stable, souvent qualifié d'un peu simplement de « joyeux » ; une tierce mineure, trois demi-tons seulement, referme légèrement le même accord et lui donne sa couleur la plus souvent qualifiée de « sombre » ou de « tendue ». Retirer la tierce, ce n'est pas retirer une note parmi d'autres : c'est retirer précisément celle qui porte cette décision. Un power chord ne penche ni d'un côté ni de l'autre, il reste dans un état de neutralité harmonique complet, une fondamentale et sa quinte, sans jugement de valeur émotionnel inscrit dans les notes elles-mêmes.
Cette neutralité a une conséquence pratique très concrète pour qui joue en groupe. Un riff entièrement construit en power chords peut se répéter à l'identique sous une mélodie chantée, une ligne de basse ou un clavier qui, eux, précisent la tierce et donc la couleur exacte de l'accord à cet instant précis. Si cette couleur change d'un passage à l'autre, majeure ici, mineure là, la guitare qui joue le power chord n'a besoin de rien changer : elle n'a jamais pris parti, elle laisse simplement les autres voix trancher. C'est un outil d'arrangement à part entière, pas seulement une facilité technique : il permet de garder un riff de guitare identique et reconnaissable pendant qu'une partie de basse ou de clavier fait le travail harmonique fin ailleurs dans le morceau.
Cette sonorité d'intervalle nu, fondamentale et quinte sans tierce, n'est d'ailleurs pas née avec la guitare électrique. Dans l'organum médiéval, la première forme écrite de polyphonie en Occident, du IXe au XIIe siècle environ, les voix ajoutées se déplaçaient en parallèle à la quarte ou à la quinte de la mélodie principale : quartes, quintes et octaves comptaient alors parmi les seuls intervalles considérés comme pleinement consonants, tandis que la tierce était classée parmi les dissonances à éviter. Il faudra attendre le début du XVe siècle, avec l'influence du compositeur anglais John Dunstable dans les cours du nord de la France, pour que la tierce gagne enfin son statut de consonance à part entière en musique occidentale. Le power chord n'invente donc rien : il renoue, sans le savoir, avec une esthétique de la quinte nue vieille de plus de mille ans, redécouverte par des guitaristes de blues électrique qui cherchaient simplement un son qui tienne debout une fois l'ampli poussé à fond.
La forme sur la corde de Mi (6e corde) : la plus utilisée
La forme la plus courante place la fondamentale sur la corde de Mi grave, la 6e corde, celle qui donne à la fois le nom de l'accord et sa force dans le grave. L'index se pose sur la case qui porte la fondamentale ; l'annulaire vient deux cases plus haut, sur la corde de La voisine, pour la quinte ; l'auriculaire, s'il rejoint la forme, se pose à la même case que l'annulaire mais une corde plus loin, sur la corde de Ré, pour ajouter l'octave de la fondamentale. Beaucoup d'écoles enseignent index et annulaire pour la version à deux notes, et ajoutent l'auriculaire seulement pour la version à trois notes ; d'autres guitaristes préfèrent le majeur à l'annulaire selon la souplesse de leur main, la logique mécanique reste identique dans tous les cas.
Cette forme se déplace telle quelle sur tout le manche, exactement comme un accord barré se déplace le long des cases : parce qu'aucune corde n'est jouée à vide, rien n'ancre la forme à un endroit précis du manche, et la fondamentale change simplement de nom selon la case où l'index se pose. C'est la même logique mécanique que celle détaillée dans le guide du hub sur les accords barrés, à la différence près qu'un power chord ne barre presque jamais l'index sur plusieurs cordes d'un coup : chaque doigt reste sur sa propre corde, ce qui allège considérablement l'effort par rapport à un vrai barré complet et explique en partie pourquoi cette forme est souvent la toute première que les guitaristes débutants réussissent à déplacer avec aisance sur tout le manche.
| Case sur le manche | Forme de Mi (power chord obtenu) | Forme de La (power chord obtenu) |
|---|---|---|
| 1re case | F5 (Fa) | B♭5 (Si♭) |
| 3e case (repère à point) | G5 (Sol) | C5 (Do) |
| 5e case (repère à point) | A5 (La) | D5 (Ré) |
| 7e case (repère à point) | B5 (Si) | E5 (Mi) |
| 9e case (repère à point) | C♯5 (Do♯) | F♯5 (Fa♯) |
| 12e case (repère double point, octave) | E5 (Mi) | A5 (La) |
Seule la corde de Sol, la Si et le Mi aigu restent muettes dans cette forme : soit on les évite complètement à l'attaque du médiator, soit on les étouffe légèrement avec les doigts qui ne servent pas à fretter, une habitude qui rejoint directement le geste du palm mute détaillé plus loin dans ce guide.
La forme sur la corde de La (5e corde) : la seconde matrice
La seconde forme, presque aussi utilisée que la première, place la fondamentale sur la corde de La, la 5e corde. Le doigté suit exactement la même logique : index sur la fondamentale, annulaire deux cases plus haut sur la corde de Ré pour la quinte, auriculaire à la même case sur la corde de Sol pour l'octave, si la version à trois notes est recherchée. La différence essentielle avec la forme précédente ne tient donc pas au doigté, identique note pour note, mais à la corde de Mi grave qui se retrouve juste en dessous de la fondamentale : cette corde ne fait partie de l'accord dans aucun des deux cas, et il faut l'empêcher de sonner, soit en ne l'attaquant jamais au médiator, soit en la touchant légèrement du bout de l'index qui dépasse par-dessus le manche.
Avoir deux formes disponibles pour à peu près n'importe quelle fondamentale change concrètement la façon de jouer une progression. Plutôt que de courir d'un bout à l'autre du manche pour enchaîner deux power chords éloignés en hauteur, il devient possible de choisir, entre la forme de Mi et la forme de La, celle qui tombe le plus près de la position de main déjà en place, exactement le même raisonnement que pour les deux formes matrices d'un accord barré complet. Un enchaînement de power chords bien pensé alterne souvent les deux formes non pas au hasard, mais pour que la main gauche ne parcoure jamais plus que quelques cases d'un accord à l'autre, ce qui devient déterminant à tempo rapide, en particulier dans les styles où le power chord change à chaque temps ou presque.
Le palm mute : la technique et pourquoi ça chugge
Le palm mute consiste à poser le tranchant de la paume de la main qui gratte, juste devant le chevalet, légèrement en contact avec les cordes pendant qu'on les attaque au médiator. Contrairement à ce que le nom suggère en français comme en anglais, ce n'est jamais le centre creux de la paume qui touche les cordes, mais son bord externe, celui qui prolonge le petit doigt : c'est cette zone, plus fine et plus précise, qui permet de doser le contact sans écraser complètement la corde contre les frettes.
Ce contact partiel absorbe une partie de l'énergie vibratoire de la corde avant même qu'elle n'ait fini d'osciller, et il ne le fait pas de façon uniforme sur tout le spectre du son : les harmoniques aigus, qui ont besoin d'un mouvement plus rapide et plus ample de la corde pour exister, s'éteignent les premiers sous la pression de la paume, tandis que la fondamentale grave, plus lente à s'éteindre, survit un peu plus longtemps. Le résultat sonore est ce son percussif, court et compact, presque plus proche d'un coup de caisse claire étouffée que d'une note de guitare classique, qu'on appelle familièrement le « chug ». La position de la paume sur le manche règle finement cet effet : trop reculée vers le manche, elle étouffe la corde jusqu'à lui retirer toute hauteur perceptible, un simple bruit sourd sans note ; trop légère ou trop proche du chevalet, elle laisse la corde sonner presque comme si de rien n'était. Le bon réglage se trouve dans une zone étroite, juste au-dessus du chevalet, où la pression suffit à couper le sustain sans effacer la hauteur de la note.
La technique elle-même est ancienne, on la retrouve dès les débuts du rock et dans le funk où elle sert à ponctuer un groove, mais c'est le thrash metal du milieu des années 1980, chez des groupes comme Metallica, Slayer, Anthrax ou Megadeth, qui l'a associée de façon indissociable au power chord et à la distorsion poussée. Combiné à un aller-retour de médiator très rapide et régulier, le palm mute permet de jouer des suites de croches ou de doubles croches en power chords qui restent lisibles et percutantes au lieu de se fondre en une bouillie de sustain, exactement le problème que la section suivante explique du point de vue de la physique du son.
Pourquoi les tierces bavent en saturation, et pas les quintes : l'intermodulation
Un circuit de distorsion, qu'il s'agisse d'une pédale ou de la saturation naturelle des lampes d'un ampli poussé fort, ne se contente pas d'écrêter le son pour le rendre plus agressif. En déformant la forme d'onde de façon non linéaire, il crée aussi de nouvelles fréquences qui n'existaient pas dans le signal d'origine, par un phénomène nommé intermodulation : pour chaque paire de fréquences présentes dans le signal, le circuit génère des fréquences supplémentaires correspondant à leur somme et à leur différence, et pas seulement les harmoniques classiques de chaque note jouée séparément. Un article de physique appliquée à la musique, publié par des chercheurs de l'université d'Adelaide, en donne un exemple chiffré parlant : pour un power chord dont la fondamentale sonne à 150 Hz et sa quinte à 225 Hz, l'intermodulation entre ces deux notes réellement jouées génère des composantes à 375, 525, 825 et 975 Hz, qui viennent très exactement compléter la série harmonique d'une fondamentale à 75 Hz, une octave sous la corde la plus grave du power chord, alors qu'aucune corde ne joue et ne distord cette hauteur-là : c'est un fondamental fantôme, reconstruit par l'oreille à partir des harmoniques qui l'entourent. Autrement dit, le désordre apparent de la distorsion, dans ce cas précis, ne fait qu'épaissir un son déjà cohérent au lieu d'en ajouter un autre.
C'est très exactement ce qui distingue la quinte de la tierce sous forte saturation. Entre la fondamentale et la quinte d'un power chord, le rapport de fréquences est extrêmement proche du rapport pur 3:2, celui qu'on retrouve directement dans la série harmonique naturelle d'un seul son. Quand ces deux fréquences passent par le même circuit non linéaire, les produits d'intermodulation qu'elles génèrent tombent, eux aussi, presque exactement sur des fréquences déjà présentes dans les harmoniques naturelles de la fondamentale et de la quinte : rien de nouveau ne vient s'ajouter au tableau, tout se renforce. C'est ce même mécanisme qui explique pourquoi un power chord fortement distordu semble parfois posséder une note grave supplémentaire, une octave sous la fondamentale, alors qu'aucune corde ne joue réellement cette hauteur : c'est une sous-harmonique fabriquée par l'intermodulation elle-même, pas un mensonge d'oreille.
Une tierce, elle, cumule deux handicaps face au même circuit. D'abord, son rapport de fréquences pur, 5:4 pour une tierce majeure ou 6:5 pour une tierce mineure, est structurellement plus complexe que le 3:2 de la quinte : les produits d'intermodulation qu'elle génère tombent statistiquement plus loin des harmoniques naturelles déjà présentes, donc ils ajoutent de nouvelles fréquences plutôt que de renforcer celles qui existent. Ensuite, et c'est le détail que la plupart des explications passent sous silence, la tierce est aussi l'intervalle le plus maltraité par le tempérament égal, le système d'accordage standard de la guitare moderne.
| Intervalle | Ratio de fréquences pur | Valeur en tempérament égal | Écart avec le juste |
|---|---|---|---|
| Octave | 2:1 | 1200 cents | 0 cent (exact) |
| Quinte juste (le power chord) | 3:2 | 700 cents | ≈ 2 cents, quasiment inaudible |
| Tierce majeure | 5:4 | 400 cents | ≈ 14 cents, plus aiguë que le juste |
| Tierce mineure | 6:5 | 300 cents | ≈ 16 cents, plus grave que le juste |
Une quinte tempérée ne s'écarte que d'environ deux centièmes de demi-ton de sa version acoustiquement pure, un écart totalement inaudible ; une tierce majeure tempérée, elle, s'en écarte d'environ quatorze centièmes, et une tierce mineure d'environ seize centièmes dans l'autre sens, des écarts largement perceptibles à l'oreille entraînée. Sous distorsion, ce désaccord déjà présent dans l'accord non distordu se retrouve lui-même dupliqué et décalé par l'intermodulation, produisant des fréquences qui ne s'accrochent à rien de stable et qui battent contre les notes d'origine. C'est ce battement, plus que le nombre de notes en jeu, que les guitaristes entendent et décrivent comme de la boue quand ils poussent le gain d'un accord complet, et c'est un phénomène qui empire mesurablement à mesure que la distorsion augmente, pas une simple question de goût ou d'habitude stylistique.
Déplacer une seule forme sur tout le manche
Parce qu'aucune des deux formes de power chord ne s'appuie sur une corde jouée à vide, la forme entière peut glisser le long du manche sans jamais changer de doigté : seule la fondamentale change de nom, selon la case où l'index se pose. Une seule forme apprise devient ainsi, mécaniquement, douze fondamentales différentes disponibles instantanément, exactement le même principe qui rend les accords barrés transposables, mais avec un effort musculaire nettement moindre puisqu'aucun doigt n'a besoin de couvrir plusieurs cordes d'un coup.
En pratique, ce sont souvent les mêmes repères visuels qui servent de point d'appui que pour un accord barré : les petits points d'incrustation sur la touche, aux cases 3, 5, 7, 9, puis le double point de la case 12 qui marque le retour à l'octave de la corde à vide. Le guide du hub consacré aux accords barrés détaille précisément quelles notes tombent à chacun de ces repères sur les cordes de Mi et de La ; la correspondance est identique pour les power chords, puisque la fondamentale se lit exactement de la même façon sur les deux formes.
Cette mobilité totale explique en grande partie pourquoi le power chord reste l'outil de prédilection pour les riffs rapides : changer de fondamentale ne demande qu'un déplacement horizontal de la main, sans reconstruire un doigté différent à chaque accord comme le ferait un accord ouvert complet. Un riff qui enchaîne plusieurs fondamentales en quelques mesures devient jouable à un tempo où la même suite, jouée en accords ouverts avec leurs doigtés tous différents les uns des autres, serait matériellement impossible à exécuter proprement.
Un mot sur les accordages abaissés
Le power chord et l'accordage abaissé se sont développés main dans la main, sans que l'un dépende strictement de l'autre. Descendre l'accordage d'une guitare, ne serait-ce que d'un ton complet sur toutes les cordes ou seulement sur la corde de Mi grave dans le cas du drop D, réduit la tension des cordes et facilite mécaniquement l'enchaînement rapide de power chords sur les cordes graves, tout en assombrissant le timbre général de l'instrument. Le drop D pousse même cette logique jusqu'à son terme le plus économique : une fois la corde de Mi grave descendue d'un ton jusqu'au Ré, les trois cordes les plus graves jouées à vide forment déjà un power chord complet, sans le moindre doigt posé sur le manche. Le même power chord se retrouve ensuite n'importe où plus haut, d'un seul doigt posé en travers des trois cordes à la même case, exactement comme les formes sur corde de Mi décrites plus haut, mais sans jamais avoir à étirer l'auriculaire jusqu'à l'octave.
Cette association doit beaucoup à des guitaristes de hard rock et de metal qui ont adopté l'accordage abaissé pour des raisons très concrètes plutôt que purement esthétiques : Tony Iommi, guitariste gaucher de Black Sabbath souvent cité comme l'un des pères du metal, a commencé à descendre l'accordage de sa guitare après un accident industriel qui lui avait arraché le bout de deux doigts de la main droite, celle qui plaque les cordes sur le manche puisqu'il joue en gaucher, pour réduire la tension des cordes et rendre le jeu moins douloureux sur ses doigts blessés. Ce choix, d'abord contraint, est devenu une norme esthétique reprise depuis par des générations entières de guitaristes de metal, bien au-delà de toute nécessité physique.
Ce guide n'a pas vocation à détailler les nombreux accordages alternatifs existants, drop D, accordages descendus d'un demi-ton ou d'un ton entier, accordages ouverts et bien d'autres : chacun mérite sa propre exploration, avec ses compromis propres en termes de tension, de justesse et de répertoire, dans un guide qui leur sera entièrement consacré. Retenir simplement, pour l'instant, qu'un power chord se transpose et se joue de la même façon quel que soit l'accordage choisi, tant que l'intervalle de quinte entre les deux cordes concernées reste préservé.
Quand un power chord remplace honnêtement un accord de la grille, et quand il l'appauvrit
Remplacer un accord complet par son power chord équivalent n'est ni toujours une trahison ni toujours un progrès : c'est un choix qui dépend entièrement de ce que porte, ou non, la tierce absente dans le contexte précis où l'accord est joué. Le remplacement reste honnête chaque fois qu'un autre instrument du groupe, une basse, un clavier, une voix, fournit déjà la couleur majeure ou mineure de l'accord ailleurs dans l'arrangement : la guitare peut alors se concentrer sur la puissance rythmique et laisser la couleur harmonique fine à quelqu'un d'autre, sans que l'auditeur perde la moindre information sur la nature réelle de l'accord. C'est également honnête quand le tempo ou le style demandent une exécution rapide et percutante où un accord ouvert complet, avec son doigté propre à chaque fondamentale, deviendrait tout simplement injouable proprement, ou quand l'esthétique recherchée est précisément cette neutralité harmonique, cette ambiguïté délibérée entre majeur et mineur détaillée plus haut dans ce guide.
Le remplacement appauvrit en revanche la musique dans plusieurs situations bien identifiables. À la guitare seule, sans basse ni clavier pour compenser, vider systématiquement une grille de ses tierces revient à effacer purement et simplement l'information qui dit si chaque accord est heureux ou sombre : l'auditeur n'entend alors plus qu'une suite de fondamentales et de quintes, harmoniquement plate, là où le compositeur avait précisément choisi cette alternance de couleurs pour un effet donné. C'est également appauvrissant sur des accords enrichis, un accord de septième majeure, un accord suspendu, un accord de neuvième, dont toute la personnalité sonore réside justement dans les notes situées au-dessus de la quinte : réduire un tel accord à sa seule fondamentale et sa quinte ne simplifie pas l'accord, il le remplace purement et simplement par un autre, plus pauvre. Le guide du hub sur la lecture d'une grille d'accords détaille précisément comment repérer ces notes porteuses de couleur dans l'écriture d'un accord ; savoir les repérer, c'est aussi savoir quand elles méritent d'être conservées plutôt que sacrifiées à la puissance du power chord.
Pièges classiques à éviter
PiègeCroire qu'un power chord est un accord majeur par défaut, faute de tierce mineure visible.
Pourquoi — Un power chord n'a ni tierce majeure ni tierce mineure : il n'est ni l'un ni l'autre, il est harmoniquement neutre. Lui prêter une couleur majeure par défaut fait une hypothèse que la forme elle-même ne contient pas, et qui peut contredire ce que joue le reste du groupe au même instant.
La bonne pratique : Vérifier la couleur réelle de l'accord auprès de la grille complète, de la basse ou du clavier plutôt que de la déduire du power chord seul, qui ne tranche jamais cette question par construction.
PiègeLaisser sonner la corde de Mi grave non utilisée dans la forme de La.
Pourquoi — Cette corde ne fait partie d'aucune des deux formes de power chord construites sur la corde de La : si elle vibre en même temps que l'accord, elle ajoute une note grave qui ne fait pas partie de l'harmonie voulue et qui sonne comme un bourdon dissonant sous l'accord, surtout audible en distorsion.
La bonne pratique : Ne pas attaquer la corde de Mi grave au médiator dans cette forme, ou l'étouffer légèrement du bout de l'index qui dépasse par-dessus le manche.
PiègePositionner la paume trop loin vers le manche pour le palm mute.
Pourquoi — Trop reculée vers la touche, la paume étouffe complètement la corde jusqu'à lui retirer toute hauteur perceptible : le résultat est un bruit sourd sans note, très différent du son percussif mais toujours accordé que recherche un vrai palm mute.
La bonne pratique : Repositionner la paume juste devant le chevalet, dans la zone la plus étroite où la pression suffit à couper le sustain sans effacer la hauteur de la note, puis ajuster la pression plutôt que la position une fois cette zone trouvée.
PiègeVider systématiquement toute une grille de ses tierces à la guitare seule, sans basse ni clavier pour compenser.
Pourquoi — Sans un autre instrument pour fournir la couleur harmonique manquante, remplacer chaque accord par son power chord efface l'information qui distingue un passage majeur d'un passage mineur : la musique devient harmoniquement plate, même si elle reste rythmiquement identique.
La bonne pratique : Réserver les power chords aux passages où un autre instrument porte déjà la tierce, et garder les accords complets, ou au moins leur tierce, dès que la guitare est seule à porter l'harmonie.
PiègeRéduire un accord enrichi (septième majeure, suspendu, neuvième) à un simple power chord pour simplifier le jeu.
Pourquoi — La personnalité de ces accords ne vient pas de leur fondamentale ni de leur quinte, mais précisément des notes situées au-dessus, celles que le power chord retire systématiquement : le remplacement ne simplifie pas l'accord, il en joue un autre, plus pauvre en couleur.
La bonne pratique : Garder ces accords enrichis intacts quand leur couleur spécifique fait partie de l'effet recherché, et réserver le power chord aux passages où seule la puissance rythmique compte, pas la nuance harmonique.
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Qu'est-ce qu'un power chord exactement ?
Un accord réduit à la fondamentale et à sa quinte juste, parfois complété d'une octave de la fondamentale, sans aucune tierce. Il se note en accolant le chiffre 5 au nom de la note, comme E5 ou A5, et il n'est ni majeur ni mineur puisque la note qui déciderait de cette couleur, la tierce, en est absente par construction.
Pourquoi les power chords n'ont-ils pas de tierce ?
Parce que c'est précisément l'absence de tierce qui rend l'accord harmoniquement neutre et qui le rend acoustiquement stable sous forte distorsion. La tierce est l'intervalle le plus désaccordé par le tempérament égal par rapport à sa version acoustiquement pure, et ce désaccord s'aggrave sous l'effet de l'intermodulation produite par la saturation.
Pourquoi les tierces sonnent-elles mal avec beaucoup de distorsion ?
Un circuit saturé génère par intermodulation des fréquences supplémentaires, sommes et différences des notes jouées. Pour une quinte, dont le rapport de fréquences est proche du rapport pur 3:2, ces fréquences ajoutées tombent presque exactement sur des harmoniques déjà présentes et renforcent le son. Pour une tierce, plus complexe et plus désaccordée par le tempérament égal, elles tombent à côté et créent des fréquences nouvelles qui battent contre les notes d'origine, entendues comme de la boue.
Comment jouer un power chord sur la corde de Mi et sur la corde de La ?
Sur la corde de Mi grave, l'index pose la fondamentale, l'annulaire vient deux cases plus haut sur la corde de La pour la quinte, et l'auriculaire ajoute l'octave à la même case sur la corde de Ré. Sur la corde de La, le même doigté se répète une corde plus haut, mais il faut alors étouffer la corde de Mi grave qui ne fait pas partie de l'accord.
Comment bien réussir un palm mute ?
Poser le tranchant externe de la paume, pas son centre, juste devant le chevalet, avec une pression légère pendant qu'on attaque les cordes. Trop loin vers le manche, le son devient un bruit sourd sans hauteur ; trop léger ou trop reculé vers le chevalet, les cordes sonnent presque comme sans mute du tout. Le bon réglage se trouve dans une zone étroite, à ajuster à l'oreille.
Un power chord est-il majeur ou mineur ?
Ni l'un ni l'autre. Il ne contient que la fondamentale et sa quinte, jamais la tierce qui décide de cette couleur. C'est un choix délibéré, pas un accord incomplet par accident : cette neutralité permet à un même riff de power chords de sonner juste sous une harmonie majeure comme sous une harmonie mineure fournie par un autre instrument.
Quand vaut-il mieux éviter de remplacer un accord de la grille par un power chord ?
À la guitare seule, sans basse ni clavier pour fournir la couleur harmonique manquante, et sur les accords enrichis, septième majeure, suspendu, neuvième, dont toute la personnalité vient des notes situées au-dessus de la quinte. Dans ces deux cas, le power chord ne simplifie pas l'accord, il en joue un autre, plus pauvre.
Faut-il un accordage particulier pour jouer des power chords ?
Non : un power chord se joue et se déplace de la même façon quel que soit l'accordage, tant que l'intervalle de quinte entre les deux cordes concernées reste préservé. Les accordages abaissés, comme le drop D, facilitent seulement le jeu rapide de power chords sur les cordes graves en réduisant leur tension, sans changer la logique de la forme elle-même.